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Clockwise... [Tranches de vie] (Ani & Glenn)

Posté le Dim 14 Juil - 14:56
Glenn MacKenzie
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Janvier

Alors que j'observais en silence le profil d'Ani qu'éclairait une bougie en fin de vie, je réalisai que la douloureuse et omniprésente tension dans mon corps s'était totalement effacée à partir de l'instant où la jeune femme s'était endormie. Ma Liée reposait dans mes bras, recroquevillée sur elle même pour conserver autant de chaleur que possible, recouverte par absolument toutes les surfaces de tissus que nous avions pu trouver dans mon bateau lorsqu'une nouvelle vague de froid nous avait surpris. Je levai une main hésitante vers sa joue, en retraçai la courbe délicate ainsi que celle du sourire qui flottait sur ses lèvres souples, bien plus serein depuis quelques temps. Son idée de base avait été de venir me chercher pour me convaincre de me réfugier au chaud chez elle, mais... Mais les eaux s'étaient figées autour du port de Staten et surtout autour du chalutier que je n'aurais de toutes façon pas pu abandonner au risque de le retrouver brisé par la pression de la glace sur sa coque. Elle avait alors choisi de rester à mes côtés, n'aurait de toute façon pas vraiment pu rejoindre son appartement. Dans tout New York, qui subissait son hiver le plus rigoureux depuis des décennies, le trafic était totalement paralysé et mettre le nez dehors était particulièrement mal avisé...

Cela faisait déjà trois jours... Trois jours qu'elle subissait sans se plaindre autant l'étroitesse des lieux que les milles consignes de sécurité auxquelles je la soumettais. Elle avait déjà eu l'occasion de séjourner brièvement ici, mais... Pas dans ces conditions où tout était rationné depuis l'eau jusqu'à la nourriture sans oublier les bougies et les rares pas que nous nous autorisions en dehors de la chambre qui était la pièce la mieux isolée. Comme bien souvent, il faisait presque plus « chaud » sous la couche de glace qu'à l'air libre. C'était la faute du vent... Plus d'une fois, elle avait voulu m'accompagner sur le point lorsque je sortais l'inspecter, mais j'avais rapidement trouvé une parade à sa demande qui m'avait probablement autant surpris qu'elle et l'avait laissé sans voix...
« Il faut que tu restes au chaud pour pouvoir me servir de bouillotte quand je reviendrai gelé... ». Elle s'était contenté de hocher la tête et avait accepté sa mission avec peut-être un tout petit peu trop de bonne volonté...

Mais tout c'était bien passé... Comme je l'avais peu à peu constaté et accepté depuis que je la connaissais, mon corps ne la percevait pas comme une menace... Non pas que son contact ne m'était pas encore difficile par moment, mais... Mais je pouvais gérer... Apprécier, même... C'était étrange de retrouver cette proximité après tant d'année de solitude autant morale que physique. Ani était ma compagne... Ma compagne... J'étais encore incrédule rien qu'à prononcer ces mots dans le secret de mon esprit... Ma compagne... Ma Liée... Mon âme... M'anam... Un soupire m'échappa et, en réponse, son bras remonta sur mon torse jusqu'à ce que ses doigts fins viennent se poser dans mon cou.

Elle dormait et je me demandais comment elle-même faisait pour supporter ce corps d'homme contre le sien après tout ce qui lui était arrivé encore très récemment. Je n'avais pas la prétention de croire que j'étais son exception... Ou bien, si je l'étais, c'était en ce sens qu'elle me faisait suffisamment confiance pour affronter ses craintes à mes côtés. J'attendais encore qu'elle me fasse signe pour l'accompagner à ces réunions de paroles dont elle m'avait parlé et espérais que cela pourrait l'aider... Que je pourrais l'aider...

C'était d'ailleurs peut-être pour l'encourager à parler, à s'ouvrir, que j'avais moi-même commencé à... A lui raconter plus en détails ce par quoi j'étais passé... La disparition de ma mère et ce que j'avais vécu avec mon père puis avec mes grand-parents... Mes années de service... Le sable sous mes mains et la douleur dans ma jambe après l'attaque... L'errance et la peur avec la Mort omniprésente pour seule compagnie... L'histoire de certaines des marques sur mon corps qu'elle avait choisi d'aimer comme étant une « part » de moi au même titre que « Mac »... Le soulagement d'être enfin « sauvé » pour être à nouveau abandonné par mon pays, par mon père... Mon chemin jusqu'à elle...

Trois jours... Quelques mots le premier... Un peu plus le second... Encore plus aujourd'hui... Je ne lui avais rien caché à un détail près. Un « détail » que je n'avais révélé qu'à Klaus et que même l'Allemand avait eu du mal à encaisser... Je n'étais même pas certain de pouvoir m'en ouvrir à Armel qui ne vivait pas dans le même monde que le blond et moi... Alors Ani ? Non... C'était une vérité que je préférais lui épargner et espérant qu'elle ne m'en veuille pas de le lui avoir caché si un jour... Mais quelles étaient les chances qu'elle en vienne à me demander quel goût pouvait bien avoir la chair humaine ?

Trois jours... Et je me sentais à la fois vide et plein... Vidé d'énergie et d'une grande part du poids que j'avais sur les épaules, celui de mon passé... Et plein de la compassion et de l'acceptation de ma Liée... Plein de sa chaleur, de la douceur de ses lèvres sur les miennes lorsque je peinais à trouver mes mots. Il faisait un froid polaire, mais nous avions notre bulle de... Juste « notre » bulle... Ce n'était pas parfait, et ça ne le serait sans doute jamais car l'humain est ainsi, plein de défauts et d'insatisfactions... Mais nous étions « bien » et « ensemble »... C'était deux notions que j'avais totalement abandonné depuis des années et qu'elle m'avait rendu...

Alors que je glissais ma main dans ses mèches sombres, la bougie s’éteignit en faisant une dernière fois briller la bague qui ceignait mon doigt depuis maintenant un mois. Je posais un baiser sur le front lisse de ma Liée...

Je t'aime, M'anam...


Clockwise... [Tranches de vie] (Ani & Glenn) Dewc
Posté le Lun 22 Juil - 22:50
Ani Shah
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Clockwise.
Glenn Mackenzie & Ani Shah.
14 Février 2019.

La saint valentin.

Cela faisait partie de ce genre de fêtes qu'elle n'avait jamais fêtée, pas plus que lui. Le sens même de ce jour lui échappait peut-être un peu ; elle n'avait ni besoin d'une date, ni d'une occasion pour célébrer l'amour. Mais... Mais il y avait quelque chose de tentant à faire un peu comme tout le monde, parfois. Se laisser aller à l'engouement de l’événement, se prêter au jeu. Et cela leur permettrait de passer une soirée tous les deux... Non pas qu'ils étaient rarement tous les deux. En réalité Ani passait la plupart de ses soirées au bateau, lui la rejoignait parfois à la fermeture du Doyle's. Mais ils n'avaient jamais vraiment eu... De rencard ? D'occasions de passer un instant de couple, quelque chose d'un peu spécial. Ils en avaient sûrement besoin. Leur dynamique à deux fonctionnait telle quel, il semblait à Ani qu'ils n'avaient pas besoin de carcans pour s'aimer et s'entendre. Ils n'avaient pas eu besoin de rendez-vous pour tomber amoureux, n'avaient pas non plus essayé de se séduire. Les situations, les discussions, les échanges entre eux avaient suffit à déclencher l'amour et c'était une grande chance.

Mais la jeune femme avait insisté ; ils fêteraient la Saint Valentin. Elle pourrait sûrement le remercier pour cette rose qu'il lui avait fait parvenir l'année passée. Cette dernière était d'ailleurs toujours posée sur l'une de ses étagères, séchée certes mais elle avait gardé sa délicatesse et tout le symbole de ce que cela pouvait représenter. L'aimait-elle déjà à cette époque ? Peut-être bien... peut-être bien que cette fameuse rose avait déclenché bien des choses. Il n'était pas son premier amour, mais il était le plus important. Et de loin. Un sourire flotta sur les lèvres d'Ani alors qu'elle ouvrait le four pour vérifier la cuisson de la viande ; un poulet bien doré, cuit avec ses pommes de terres et des tomates, assaisonné aux herbes de Provence. Origan, thym, basilic, romarin, la pièce était parfumée des senteurs et la jeune femme était plutôt fière d'elle. Combien de fois avait-elle raté un repas ? Elle ne les comptait plus... Et si Glenn ne disait rien vis à vis de cela c'était car il n'avait plus été habitué à mieux durant un moment.

La brune referma le four d'un mouvement rapide en entendant quelques coups contre la porte d'entrée. « J'arrive ! » Elle posa le torchon sur la table et galopa jusqu'au seuil pour ouvrir le grand battant. Son sourire éclate sur son visage lorsqu'elle aperçoit le sien, et elle ne lui laisse pas le temps de rentrer avant de se rapprocher. Dire qu'elle lui vola un baiser fut alors hautement sur estimer ses capacités ; elle n'était ni assez grande ni assez vive pour y parvenir dans ces conditions. Mais elle se hissa aussi haut qu'elle le put et, dans un échec cuisant, embrassa son menton avant qu'il ne baisse la tête pour trouver ses lèvres. Puis sa main trouva la sienne, elle déposa un second baiser à la commissure de ses lèvres. « Ça sent bon. » Nouveau sourire, elle hocha la tête. « Hm-hm ! Je suis plutôt fière de moi, on ne devrait pas trop mal manger ! »

Ils n'étaient pas un couple ordinaire, il aurait été stupide de dire le contraire. Il y avait entre eux cette inexplicable attirance qui les poussaient à graviter l'un près de l'autre, ils avaient prit des habitudes au fil de ces dernières semaines. Ils n'étaient ensembles que depuis un peu plus d'un mois, mais la relation qu'ils entretenaient avant cela n'était pas en soi très différente de ce qu'ils avaient aujourd'hui. Les interactions physiques entre eux demeuraient minces. Un baiser, un frôlement, un contact souvent. Mais la passion qu'elle ressentait à son contact demeurait enterrée, trop effrayante pour qu'elle n'ose la libérer sans lui faire peur. Glenn était compliqué, elle était compliquée... Les traumatismes ne se réglaient pas par la magie de l'amour. Ils n'étaient pas dans un dessin animé.

Cependant rien ne les empêchaient jamais de parler, de partager, de rire et d'échanger. Des tristesses comme des joies, des petites choses comme des grandes. Et probablement avait-elle prévu une sélection de film pour la soirée, ceux dont ils avaient parlé à de nombreuses reprises et que Glenn, dans sa culture cinématographique réduite, n'avait jamais vus. Mais ils ne touchèrent pas aux télécommandes de la télé. En réalité... Ils passèrent une soirée ordinaire. A parler, à manger. Le poulet était, comme elle l'avait prédit, excellent et les heures filèrent sans qu'ils ne soient dérangés par qui que ce soit. Elle avait bien entendu négocié avec ses colocataires pour avoir l'appartement pour eux seuls ; Stella était chez son petit ami, McQueen n'était pas à New York ces derniers temps, Âdi devait être chez quelqu'un et Joan n'avait pas montré le bout de son nez. Les regards lourds de sous entendus de Stella avaient fait monter une angoisse sourde dans son ventre – sa colocataire n'était pas au courant de ce qui lui était arrivé – mais elle s'était rassurée en se disant que... Et bien, c'était Glenn. Il ne la forcerait à rien, et surtout pas à coucher avec lui. Ils n'avaient rien fait jusque là, et c'était dû autant à elle qu'au roux. Le fait était qu'ils n'étaient pas prêts et ne le seraient pas avant un moment...

Le dessert était raté, lui. C'était un gâteau au chocolat trop cuit, immangeable, et ils finirent par uniquement manger la glace qu'elle avait achetée pour l'accompagner. Des heures plus tard, le crâne appuyé contre son épaule, elle se laisse bercer par le son de sa voix tandis qu'il répond à l'une de ses questions. Le roux constate après un petit temps qu'elle a lâché prise sur le monde réel et sa main trouve la télécommande pour allumer l'un des programmes de la nuit, comme il en a l'habitude. La jeune femme disparaît contre son torse, emmitouflée dans une couverture épaisse, et ne donne plus signe de vie pendant un long moment, si longtemps que lui même finit par trouver le sommeil à son contact. C'est plus simple lorsqu'ils sont deux, plus simple d'affronter les pensées noires et les réflexions sombres. Probablement que Glenn s'était résolu à recevoir son contact et son corps contre le sien, il ne servait en réalité à rien d'essayer de la détacher de lui. Elle revenait trouver sa chaleur comme un papillon de nuit près de sa lumière, et elle ne savait pas réellement si cela lui convenait...

La soirée s'était bien passée, comme toutes les autres en définitive. Et si les nuits s'étaient faites plus calmes depuis l'officialisation de leurs couples, elle craignait toujours d'être soumise à ses démons en sa présence. Elle craignait d'associer le corps de son âme liée à ses cauchemars, craignait d'associer sa présence à celle qui la hantait depuis plus d'un an. Et jusque là... Tout s'était bien passé. Probablement parce que l'euphorie des premières semaines avait écarté la mélancolie et les vagues à l'âme. Elle allait mieux à son contact tout comme à celui de son frère retrouvé, retrouvait sa lumière. Mais elle ne pouvait repousser l'inévitable, et les cauchemars refirent surface cette nuit même. Une nuit pour célébrer l'amour, pourtant. Ses sourcils se sont déjà froncés et son corps s'est sûrement raidit contre le sien. Les réactions sont minces, dans un premier temps, à peine perceptibles. Mais elle s'agite d'un coup, sursaut. Et sa respiration s'accélère, elle se retourne dans ses bras sans aucune douceur, le réveillant par la même occasion. Mais elle, elle ne se réveille pas, et les plaintes commencent à se faire entendre. Douces protestations, sa voix se brise à la fin de ses mots, les sanglots affluent sans même qu'elle ne se réveille. Son corps s'efface, fuit le sien, repousse les couvertures, cherche un point de repli. Cherche quelque chose.

« Ani... » Elle ne l'entend pas. Au contraire, il semble que le rêve s'intensifie. Les couleurs quittent son visage, elle s'est roulée en boule et repousse vivement ses mains lorsqu'il veut la toucher, repousse les coussins, repousse tout. « An i! » La tentative pour la réveiller se fait plus ferme, mais n'est pas encore suffisante. « Arrête, s'il te plait, arrête ! » Elle pleure pour de bon cette fois ci, ses plaintes sont déchirantes. Véritable suppliques. Son âme liée n'y tient plus, il attrape sa main pour essayer de la secouer et de la tirer hors du sommeil, y parvient même si elle le repousse fermement.

C'est la sensation de fourmillement familière qui la tire peu à peu de ses songes noirs. Cette même sensation qu'elle a ressentit lorsqu'elle l'a touché la première fois. Sa main qu'elle connaît si bien, les ressacs de ses paumes et la chaleur de ses doigts, tout cela la tire hors du mazout de son rêve si noir. « Réveille toi... » Elle entend son conseil, comprend à cet instant qu'il ne s'agit que d'un rêve, cette fois. Que ce corps qu'elle fuit... C'est le sien. Ses yeux pleins de larmes de panique s'ouvrent d'un coup net, elle se heurte à son regard vert. Le souffle court et bruyant, le cœur battant la chamade et le front perlé de sueur, elle ne dit rien pendant quelques secondes, se perdant dans l'oasis émeraude qui devient tout à coup sa seule échappatoire. Le silence est brisé par les dialogues du film qui passe à la télé, et par ses pleurs qui dégringolent en une cascade claire sur ses joues d'épices. « P-pardon... » Elle retient un sanglot, sa gorge est plus nouée que jamais. Elle s'en veut tant, tout à coup, d'avoir eu peur de lui. Alors les pleurs s'accentuent, et elle se redresse pour venir se blottir dans les bras qu'il lui offre. « Pardon, je ne voulais pas... » Son visage se niche dans le cou du roux qui referme son étreinte autour d'elle. « Calme toi. Tout va bien... Calme toi... »

Foutue saint valentin.

© rolly


Clockwise... [Tranches de vie] (Ani & Glenn) LyWX9eG
Ani s'exprime en ff9933.
Posté le Mer 24 Juil - 21:19
Glenn MacKenzie
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14 mars 2019

Assis un verre à la main sur l'une des chaises de bar posées devant l'établi, Armel face à moi ou presque et Ani à son côté, j'avais l'esprit bien trop sombre pour profiter de l'instant et avais jusque là laissé mes Liés discuter ensemble. J'étais censé fêter mes trente deux ans, même si ma compagne et moi n'avions pas indiqué à nos amis pourquoi nous les invitions... Nos amis... C'était cette réalisation qui nous avait amenés là... Presque entre le fromage et le dessert - davantage entre le café et la clope -, alors que je parlais avec la métisse, ça m'avait percuté et laissé sans le souffle. J'avais des amis... Pas simplement des « connaissances », mais des « amis »... Armel, Adînath, Klaus... La jeune femme avait dû percevoir à quel point cette nouvelle notion me touchait car, avec son sourire éternellement doux aux lèvres, elle m'avait proposé de faire « quelque chose » pour fêter mon anniversaire... Avec eux... J'avais fini par acquiescer, probablement avec une expression hésitante en guise de rictus. Mais seulement à la condition qu'on ne fasse pas mention de la raison du choix de cette date ! Réunir des « amis », les faire se rencontrer, c'était déjà une étape... Leur demander de se réunir « pour moi », c'était... Encore bien au delà de mes capacité...

Nous aurions dû être six, sept avec Kao... Nous n'étions finalement que quatre en comptant l'enfant qui dormait actuellement dans mon lit. Adinâth, le jumeau de ma Liée, avait très rapidement indiqué qu'il ne pourrait pas être là et, en entendant son excuse, nous n'avions pu que l'encourager. Il avait une répétition prévue ce soir là. Peut-être qu'il pourrait passer plus tard, mais c'était très loin d'être une promesse. Aucun soucis ! Qu'il fasse selon ses possibilités et donne le meilleur de lui-même !

Nous aurions pu être six... Mais, un peu plus d'une semaine plus tôt, j'avais reçu un appel d'une voix paniquée que je ne connaissais pas même si son numéro était inscrit « par sécurité » dans mon portable tout comme le mien devait l'être dans le sien. Mon écran indiquait « Serendipity »... La Liée de Klaus qu'il « devait » supposément nous la présenter ce soir là. L'Allemand avait disparu, était-il là ? Non... Il avait apparemment traversé l'Atlantique, seul, pour mettre un terme définitif aux agissements de son père. La seule chose qui m'avait retenu de jeter mon téléphone dans le port de Staten était la douleur résignée de la voix étrangement basse de la jeune femme. Ils ne seraient donc pas là à la date convenue ? C'était vraiment le cadet de mes soucis et j'avais réellement envie d'envoyer mon poing dans les dents de mon ami qui infligeait à sa partenaire de devoir ainsi s'excuser de leur absence. Comme si c'était sa faute à elle ! Comme si...

J'avais retenu un grondement sourd, songé un instant à prendre le premier avion pour Berlin malgré ma phobie de ces appareils... Mais... Mais la détresse de la Liée de Klaus m'avait donné une assez bonne idée de ce que serait la douleur d'Ani si je le suivais en Europe. J'avais fermé les yeux, encaissé, m'étais promis d'exposer ma façon de penser à Klaus quand il reviendrait – s'il revenait – et avait fait promettre à cette inconnue au bout du fil de me contacter au moindre problème... Cäcilia était encore à New York... Dans le coma et probablement brisée, mais... Mais si Klaus n'était pas là pour la protéger, j'allais le faire... Ce n'était peut-être pas mon rôle, mais ça ne m'empêcherait pas de m'y tenir... Elle ne se sentait pas de venir nous rencontrer sans l'Allemand ? Je pouvais le comprendre... J'avais coupé la communication en promettant de la contacter si je recevais des nouvelles... Je n'en avais pas eu...

Et nous nous retrouvions donc ce soir là à quatre, ou plutôt à trois et demi, sans que je parvienne à détacher l’œil de cette place sur la banquette où aurait dû se trouver Klaus. Ne pouvant cesser de me demander s'il était encore en vie et n'osant pas appeler Serendipity pour lui demander si ses mots avaient disparus ou s'ils étaient toujours là. Merde... Je tenais vraiment à ce type, hein ? Je m'étais même permis de rappeler Kahn, que je n'avais rencontré que « brièvement » mais dans des conditions particulièrement stressantes. Lui non plus n'avait pas de nouvelles de son ami...

La bouteille était vide...

J'indiquai que j'allai en chercher une autre et descendis en m'aidant des murs avant de phaser devant ce qui me servait de cuisine. Ne me voyant pas remonter, Ani me rejoignit et m'annonça sa présence en m'appelant avant de glisser sa main sur mon épaule pour m'inviter à lui faire face. Je ne me raidissais presque plus à son contact mais lâchai un profond soupir avant de me retourner en m'appuyant contre le meuble pour soulager ma jambe. Je sentis ses doigts se poser sur ma joue et posai ma main sur la sienne avant d'embrasser sa paume sans un mot. « Klaus... ? Un maigre sourire lui répondit. Qui d'autre ? Les seules autres personnes qui m'importaient vraiment étaient ou présentes ici ou en train de remonter la pente... Il n'y avait que l'Allemand qui... Un soupire... Je sais qu'il fait ce qu'il a à faire, qu'il est sûrement plus dangereux que moi et qu'il sera prudent, mais... Je n'avais pas cherché à cacher « qui » était Klaus à ma Liée... Je n'avais certainement pas tout dit, n'étais jamais allé dans les détails que le blond ne m'avait d'ailleurs pas forcement dévoilé, mais... Mais c'est ton ami et tu tiens à lui. Je contractai les mâchoires, passant un bras hésitant autour de la taille de la jeune femme pour me réconforter dans sa chaleur. Si tu n'étais pas là, je serais parti le retrouver... Je suis désolé, M'anam... Mais je donnerais ma vie pour la sienne autant que pour Armel ou toi... Ou Kao, bien évidemment... Un regard vers la pièce où le gosse dormait miraculeusement à poings fermés. Je sais... Mais tu es là, Glenn. Et même s'il a eu le temps de comprendre que tu n'étais pas du genre à t'épancher, il s'inquiète pour toi... Armel, je veux dire. Je lâchai un nouveau soupire, fermant les yeux avant de venir me noyer les sens dans l'odeur des cheveux de la métisse. Ani était devenue mon repère, mon phare et mon port d'attache autant que j'étais probablement le sien. Ma seule certitude même si tout restait à dire et à construire. Pardon... Elle m'adressa ce sourire que j'aurais tué pour protéger, que j'effaçai d'un baiser qu'elle n'eut pas à me réclamer. Lorsque je la laissai à nouveau respirer, sa main vint se perdre sur ma joue avant qu'elle ne réponde. Moi, je sais. Lui non... Va lui parler, Glenn. Il n'est pas ton Lié pour rien. Il ne ressent pas les choses comme moi, mais il est pas stupide... Je haussai un sourcil presque comique. Ah ? » Un coup dans mon épaule, léger, avant qu'elle ne se penche pour choisir elle même la prochaine bouteille.

Je remontai jusqu'au poste de pilotage, me plaçai dans l'ouverture entre les deux pièces et hésitai un moment avant d’appeler. « Armel... ? Le brun tourna la tête vers moi, un sourcil haussé, de cet air qui semblait vouloir dire "oh, tu sais parler maintenant ?". Après un soupir, je me raclais la gorge pour enchaîner. Tu veux venir dehors, fumer une clope ? Nous avions accosté dans une petite crique en dehors de New York, où personne ne viendrait chercher un acteur oscarisé, et je rejoignis le pont sans vraiment attendre de savoir s'il m'y retrouverait ou pas... Moi, j'en avais besoin de cette clope... A peine une minute plus tard, j'entendis sa voix. Tu vas m'expliquer le pourquoi du comment de ta gueule de six pieds de long ? Klaus... Devant son expression sceptique, et tout en lui proposant mon zippo pour allumer sa clope après avoir enflammé ma cancerette, je précisai. L'ami avec qui j'ai regardé « Bing ! »... « Bang. »... Avant de venir te retrouver... Il avait corrigé d'un ton blasé. Je crois que ça l'amusait plus qu'autre chose, en fait... Mh ? La version courte ? Je ne pouvais de toute façon pas lui donner les détails pour sa sécurité autant que pour celle de l'Allemand. Il devait être là ce soir, avec sa Liée...Mais il est parti, seul, réglé des problèmes... Je croisai son regard sombre. « Mon genre » de problèmes... Armel aussi savait qui j'étais. Je l'avais, après tout, accueilli dans ma vie avec un flingue menaçant de défoncer ses abdos taillés à la perfection... Ah... Je sentais venir la connerie... J'aurais dû me douter que tu avais quelqu'un d'autre dans ta vie... T'es con... Mh-mh, le monde m'aime pour ça. Et toi aussi ! Je balançai la tête, venant m'appuyer sur le bastingage contre lequel il vint me rejoindre. Le visage du brun se vida de toute plaisanterie, redevenant plus sérieux. Ça te ressemble pas de te voir t’inquiéter... Je reposai l’œil sur lui... Pour quelqu'un d'autre que le microbe, je veux dire. J'avais fini par abandonner la bataille pour qu'il appelle Ani autrement. Je m’inquiéterais tout autant pour Kao ou toi... Un silence... Je crois qu'il ne s'y attendait pas vraiment. Finalement, il secoua la tête avant de souffler un nuage de fumée. Si c'est ton ami, tout ce que tu peux faire c'est lui faire confiance et attendre son retour. Tu as Ani qui compte sur toi, de toute façon. Tu peux pas faire grand chose d'autre que te ronger les sangs. Bienvenue dans le commun des mortels... Le « commun des mortels »... T'es bien placé pour dire ça, toi... Un mince sourire sur les lèvres de l'acteur... N'oublie simplement pas que t'es pas seul, ok ? Je m'en voudrais de devoir te mettre une raclée pour que ça rentre. T'as la tête dure Mackenzie mais je suis coriace comme une teigne. Oh et pour le rappel... J'espère bien que tu prendras soin de mon fils. Dans Godfather, il y a father. »

Je hochai la tête et terminai ma clope en silence à ses côtés avant qu'une plainte de Kao ne rappelle Armel à ses devoirs de père. Je rejoignis le « salon » et Ani pour l'attendre et il remonta avec l'enfant quelques minutes plus tard, me le posant dans les bras. Un moment interloqué, presque figé, je finis par simplement faire un berceau de mes bras à mon filleul qui n'avait encore que sept mois au compteur. C'était étrange, ce côté apaisant que pouvait avoir les enfants et en particulier les plus petits... Je comprenais mieux le sourire de l'Allemand lorsqu'il évoquait Samaël. Au bout d'une demi heure Kao s'était rendormi, bercé par les basses de ma voix aussi sûrement que je pouvais parfois endormir ma Liée, et le poids de son petit corps me força à rejoindre l'instant présent. Je croisai le regard d'Armel qui semblait content de lui et avait probablement espéré atteindre ce résultat en me confiant son fils. Un hochement de tête en guise de remerciement...

Quelques minutes plus tard, Ani arrivait avec un gâteau d'anniversaire... Je m'étais fait avoir... « Personne ne dupe un Walker, vieux, surtout quand mini-shah espionne à mon compte ! »


Clockwise... [Tranches de vie] (Ani & Glenn) Dewc
Posté le Sam 10 Aoû - 0:25
Ani Shah
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7 Avril 2019.

Ses bras se referment autour du corps de Pari, elle plonge son nez dans ses cheveux pour recevoir une salve de son odeur familière. Petite sœur, son petit moineau d’innocence et de candeur. La vie ne lui avait pas volé ses sourires et sa joie, elle n’avait pas terni son grand regard foncé - beaucoup plus foncé que celui de sa sœur. Pari n’avait jamais vraiment connu maman puisque cette dernière avait rendu son dernier soupir un peu avant son premier anniversaire. Ani avait prit cette place durant de nombreuses années, neuf ans pour être plus précise. Et personne ne pouvait effacer ce lien qui les séparait ; probablement Pari avait-elle trouvé en Rajesh et Elisabeth les parents que la vie lui avait pris. Mais Ani savait... Elle savait lorsqu’elle la regardait que Pari voyait toujours en elle cette figure maternelle qui l’avait guidée durant les neuf premières années de sa vie. « Tu m’as genre trop, trop, TROP MEGA manqué ! » Ani la serre dans ses bras un peu plus fort. « Mmmh, à moi aussi ! » Elle embrasse ses deux joues, son front, écarte les mèches folles qui bouclent sur son front. Quinze ans... Elle avait quinze ans déjà. « Tu ressembles de plus en plus à maman. » Le visage de Pari s’orne d’un sourire. « C’est vrai ?! J’espérais que tu me dises ça ! » « Oui, tu as le même visage qu’elle. »

Ani secoue la tête avec un petit sourire, puis elle entraîne la jeune femme avec elle. Pari possédait les mêmes rondeurs tendres que sa mère avait arborées toute sa vie. Grands yeux sombres en amande, un nez légèrement aquilin, des cheveux frisés coupés au carré et une bouche qui, au contraire de celle d’Ani, n’était pas très pleine. Cependant, comme sa sœur, elle souriait sans arrêt. Elle avait encore le visage d’une enfant, encore le rire de la petite fille qu’elle avait connue. Mais elle avait bien grandit... « On va chez toi ? On va voir Âdi ? Comme j’ai hâte ! J’ai trop, trop, trop hâte de le voir ! Rajika était verte, mais elle passe des examens pour les écoles supérieures à Los Angeles alors... elle pouvait pas venir ! » Ani hoche la tête. « Je sais, on s’est appelées ce matin. Et non... On ne va pas chez moi. Pas tout de suite. On va voir Âdi danser ce soir, mais avant on a un autre arrêt à faire. » Le ton mystérieux de la plus âgée éveille le regard dévorant de curiosité de Pari. « Oh ! Oh, on va faire quoi, dis moi ! » « Mh... Je ne sais pas trop... » « Si, tu sais ! Dis moi, on va où ? On va au Mushi-mushi Café ? » Mushi-mushi café était leur lieu de prédilection à l’époque. « Non ! » « On va quand même pas voir Tatie Murielle ? » ... C’était une vieille amie de la famille qu’aucun des enfants de la fratrie n’avait jamais pu supporter. « T’es malade ? Plutôt mourir ! » Pari rit, reprend. « Je sais pas moi, donne moi un indice ! » « Tu as raison sur un point, on va bien retrouver quelqu’un. » « Retrouver quelqu’un... Mh... Latit est pas rentré de Bolivie ? » « Non ma puce. » Les deux jeunes femmes valident leur pass de métro, s’engouffrent dans les couloirs. « J’ai cru comprendre après mon dernier appel que tu voulais rencontrer quelqu’un. » Le visage de la plus jeune se pare d’une expression sur-excitée. « ON VA VOIR GLENN ?! » Ani se mord les lèvres en riant, observant les passants qui ont sursauté en entendant la gamine. « TROP BIEN, J’OSAIS PAS TE LE DEMANDER ET ... Oui, d’accord, j’arrête de crier... Alors vous êtes vraiment ensembles ? Genre, pour de vrai ? » « Oui, depuis un peu plus de trois mois. Il n’a rencontré qu’Âdi pour le moment mais il doit avoir ton approbation, tout de même ! » Ani lui offre un clin d’œil qui déclenche le rire de la jeune fille.

Le trajet passe à une vitesse fulgurante, elles ont toutes les deux des milliers de choses à se raconter. Et Pari trépigne déjà d’impatience tandis qu’elles sont sur le trajet pour arriver au bateau. « J’y crois pas, il vit sur un bateau, c’est trop cool, j’ai envie de lui poser pleins de questions pour savoir comment il fait et si c’est cher et si c’est pas trop dur et s’il a le droit d’aller partout avec... » Ani la laisse piailler avec un petit sourire. Pari a toujours été comme ça, une véritable boule de feu. Elle doit avoir l’un des caractères les plus forts de la famille ; elle ressemble beaucoup à Madhu de ce côté là. Latit, lui, est une force tranquille, extrêmement calme et doux. Âdi... Et bien Âdi était Âdi. Rajika, elle, était travailleuse, obstinée, toujours plongée dans ses passions. « Il est comment ? Il est gentil ? Tu crois qu’il va bien m’aimer ? Est-ce qu’on peut dormir sur le bateau ? » Ani sourit en coin. « Tu verras. Oui. Oui, et non. Il n’y a pas suffisamment de place sur le bateau pour qu’on reste y dormir tous les trois, mais il voudra peut-être passer la soirée avec nous au loft. Tu lui demanderas ! » La jeune femme s’engage sur le quai, remonte jusqu’au chalutier de son âme liée, puis sautille sur le bateau en faisant signe à Pari de la suivre. Elle ouvre enfin la porte, donnant un petit coup de coude à Pari qui gesticule derrière elle. Son regard croise celui de Glenn, qui est assit dans le canapé. Elle lui offre un sourire radieux. « Bonjour ! » Il lui offre un sourire en coin. « Bonjour. » « BONJOUR ! » Pari s’est glissée sous le bras d’Ani pour aller à sa rencontre, peu farouche quant il est question des contacts sociaux. Elle lâche son sac par terre, campe ses mains sur ses hanches et regarde Glenn avec un grand sourire. « Ani il est absolument trop cool je vois pas comment je pourrais ne pas le valider ! » Ani referme la porte derrière elle avec un rire. « Ma petite soeur, Pari... » « J’avais SUPER hâte de te rencontrer Glenn ! Ani est restée super secrète et tout, elle voulait rien dire, mais je voyais trop qu’elle était méga amoureuse de toi alors j’étais curieuse ! Ma soeur, elle tombe pas amoureuse comme ça, il fallait que le gars vaille le détour ! Oh, putain de merde, tu es super grand ! » Glenn s'est levé pour l'accueillir, en équilibre sur sa jambe valide. Ani hausse un sourcil. « Ca t’arrive de respirer, Pari ? » « Hein ? » Elle comprend en voyant le regard de sa soeur qu’elle a peut-être un peu trop parlé. Ses doigts, alors, font mine de fermer sa bouche à clé, elle jette la clé imaginaire dans un coin de la pièce. « Je suis validé, alors ? » Ani retire son manteau, se rapproche du petit conciliabule qui se tient devant la table. Pari n’a pas tenu son voeux de silence bien longtemps, elle ouvre déjà la bouche. « Ca dépend ! Si tu viens dormir au loft ce soir, alors je te valide officiellement ! Et puis il va falloir que tu me parles de ton bateau, non mais c’est TROP cool, moi aussi je veux vivre sur un bateau ! »

Le regard de la jeune femme croise celui de son âme liée, pétillant. Bientôt, ils s’assoient autour de la petite table basse, des boissons chaudes entre les mains. Les doigts d’Ani viennent trouver ceux de son âme liée, discrètement, tandis que Pari continue de parler, emplissant la cabine de gloussements heureux et revigorants.

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20 mai 2019

Dunn, Amanda : Fiancée à Logan Holt, Femme au foyer, blond foncé, yeux presque noir
Ellis, Zeke : Trafiquant, homme de main, noir, dreads, yeux noir
Graves, Avril : Propriétaire d'une salle de sport, Prof de MMA, brune, yeux noisette
Holt, Logan : Fiancé à Amanda Dunn, Architecte, brun, yeux bleus
Hampton, Oliver : Musicien, roux foncé, benjamin des survivants
Rogers, Daniel : Trafiquant, blond clair, yeux gris
Romero, Charles : Instructeur dans l'armée, coupe militaire, châtain clair, yeux bleu pâle
Ruiz, Carlos : Infirmier, hispanique, brun, yeux marron foncé
Wheeler, Harris : Prof de tir, a embauché Glenn pendant un temps, poivre et sel sur reste de châtain foncé. Doyen des survivants.


Onze verres, cinq tasses et quatre bocaux... Tous disparates, car je n'avais jamais été une fée du logis ni du genre à acheter mes verres par paquets de douze dès que j'en brisais un. Vingt récipients... Un pour chacun des « survivants » de la plage... Nous avions été dix neuf à réchapper de cette première épreuve et nous n'étions plus que neuf en vie presque sept années plus tard. Notre dernière « réunion des anciens » avait eu lieu juste après le suicide de Colt, deux ans plus tôt... Cette fois-ci, les circonstances étaient un peu plus gaies. Beaucoup plus gaies, même... Dunn venait nous présenter son futur époux, Logan. C'était lui, le quatrième bocal... Il nous suivait au rhum, le brave homme. Il fallait dire qu'il fallait au moins ça pour encaisser l'étrange assemblée que nous formions... Sept hommes et deux femmes... Tous à moitié brisés et tâchant de garder la tête hors de l'eau, d'avancer... Certains s'en tiraient avec les honneurs, d'autres non. Mais s'il y avait bien des personnes qui ne se permettraient jamais de « juger », c'était bien nous. Nous étions des frères d'armes et c'était tout ce qui comptait... Des frères de sang... Une famille unie dans la douleur...

Nous nous marchions un peu dessus, mais ça ne nous changeait finalement pas trop des baraquements, des cabines et des bivouacs que nous avions partagés. C'était Hampton qui prenait le plus de place, non pas qu'il était particulièrement gras mais il avait apporté sa guitare et jouait nos airs habituels en sourdine dans un coin. Dunn était sur les genoux de son fiancé, Graves sur ceux d'Ellis et la question était toujours de savoir quand ils allaient se décider à officialiser les choses depuis le temps qu'ils se tournaient autour. Ils occupaient deux chaises à quatre et Hampton était assis par terre, adossé à la barre dans la salle de commande. Sur mon canapé se trouvaient Ruiz, Wheeler et Romero serrés comme des sardines car aucun d'entre eux n'étaient un « petit gabarit ». Rogers était posté sur un tabouret à mes côtés devant la table de travail. Les « bons gars » d'un côté et les « mauvais bougres » de l'autre ou presque. Rogers et Ellis étaient ceux qui m'avaient entraîné dans le business où je me trouvais actuellement... Personne ne le leur reprochait et certainement pas moi.

Nous échangions des souvenirs depuis peut-être deux heures déjà, Logan gardant un silence respectueux sans pour autant en perdre une miette. Sans doute espérait-il que cela l'aiderait à mieux comprendre sa compagne ? Peut-être... Sans doute, même... Et sans doute aurais-je dû proposer à Ani de nous rejoindre pour les mêmes raisons. Mais je n'étais pas certain d'être prêt à cela... A la partager avec eux... Il y a, hélas, des choses qui ne se contrôlent pas et nous en étions à trinquer à la mémoire de l'un de nos disparus lorsque la porte de la cabine s'ouvrit presque à la volée sur le visage souriant de ma Liée qui se figea presque aussitôt. Nous étions tous armés, ici, à l'exception de Logan. Et je vis bien des mains se tendre avant de se stopper net lorsque je lâchai un ordre qui ne souffrait visiblement aucun manquement.

« Repos ! Le premier qui la braque est mort... »

Sans surprise, Ellis et Rogers me lancèrent un regard plus appuyé que les autres avant de rengainer et je terminai ma clope avant de l'écraser tout en appuyant lourdement toute l'autorité du seul œil qui me restait sur eux. J'offris ma main à Ani, la débarrassant des sacs de provisions qu'elle apportait que je posai parmi les douilles sur l'établi, avant de l'accueillir contre moi et de poser un baiser sur ses lèvres devant huit paires d'yeux médusés.

« Woooh... On me l'aurait dit, j'aurais refusé d'y croire... ! Commentaire de Romero qui semblait parler pour tout le monde à l'exception de Logan qui n'avait pas encore toutes les cartes en main pour comprendre l'étrangeté de la situation.
-... Est-ce que... Je dérange ? Le regard d'automne de la métisse avait parcouru l'assemblée avant de revenir se poser sur moi. Je peux revenir plus tard... Ou demain. J'aurais dû prévenir... Désolée, Glenn... Je secouai la tête, soupirai avant de répondre.
-Non, M'anam. Tu es la bienvenue... Et je suppose qu'il est grand temps que je te les présente... Un demi sourire pour elle avant que je ne reporte mon attention sur mes hommes. C'est Ani... Ma Liée... Et ma compagne... Je leur laissai quelques secondes pour encaisser avant de poursuivre les présentations. Et ces têtes de culs, c'est ce qu'il reste de mes hommes... Dunn est venue nous présenter son fiancé... La blonde quitta les genoux de son futur époux pour venir serrer la main d'Ani, un sourire sincère sur ses traits.
-Amanda ! Et voici Logan... Le jeune homme s'était également levé et étendit le bras pour atteindre les doigts de la danseuse, manquant de perdre l'équilibre mais Graves le rattrapa au vol et lui évita la chute.
-Logan est architecte, si j'ai bien compris... Retournant s’asseoir, le brun acquiesça. Et Amanda est maintenant femme au foyer. Avant, elle travaillait avec Graves dans leur salle dédiée aux sports de combat. Graves se leva à son tour, grande brune au visage dur semblant avoir du mal à accorder sa confiance. Elle serra toutefois la main de ma Liée.
-Avril... Et lui, c'est Zeke Ellis... Ellis se contenta d'un signe d'un hochement de tête. Ses sourires étaient rares mais tranchaient presque douloureusement sur sa peau d’ébène.
-Ellis est dans le même business que moi, tout comme Rogers... Assis à côté de moi, Rogers étudia un instant la jeune femme avant de reporter son attention sur moi.
-Elle est au courant de tout ? Je hochai la tête.
-De tout ce que je suis ici, et de presque tout ce que j'étais... Un mouvement dans la troupe. Tous savaient ce qui n'avait pas été répété... Un sourire étrange passa sur les traits de Rogers qui s'inclina presque devant la jeune femme.
-Et elle est à vos côtés ? Vous avez trouvé votre perle, Lieutenant... Daniel Rogers, pour vous servir, Mademoiselle... Je le laissai saluer Ani avant de désigner à cette dernière les trois hommes occupant la banquette.
-Charles Romero, instructeur dans l'armée... Harris Wheeler, pour qui j'ai travaillé en tant que professeur de tir...
-Cet homme est toujours la meilleure gâchette que je connaisse, borgne ou pas... ! Les deux hommes saluèrent Ani d'un sourire de bienvenue.
-Et Carlos Ruiz, notre infirmier sans qui nous ne serions sans doute plus là. C'est lui qui m'a rafistolé après l'attaque... L'hispanique secoua la tête et se leva pour serrer la main d'Ani au dessus de la table basse.
-C'est surtout sans le Lieutenant que nous ne serions pas là, m'est avis... Un murmure d'approbation autour de la pièce bondée de monde. Je n'y prêtai pas trop d'attention avant de terminer sur notre guitariste.
-Et par terre là bas, c'est Hampton. Notre musicien et benjamin... Sans manquer une note, il adressa un sourire tranquille à ma Liée. Cet homme avait changé du tout au tout depuis qu'il avait perdu sa Liée tout juste rencontrée dans le bac à sable. Nous avions longtemps pensé qu'il passerait l'arme à gauche en se lançant dans une mission suicide et ce n'était pas faute d'avoir tenté le coup... Mais, depuis les cieux, sa Liée devait veiller sur lui car il s'en était « sorti ». Si on peut exprimer les choses ainsi...

Il y eu un temps de latence, chacun cherchant sa place vis à vis de la nouvelle venue à laquelle ils ne s'attendaient pas, et Logan eut la gentillesse d'arrondir les angles en engageant Ani dans une conversation bien plus « neutre » que ne l'auraient été les sujets que nous avions précédemment évoqués. Quel âge avait-elle, d'où venait-elle, comment nous étions nous rencontrés... Ma Liée hésita un instant à répondre à cette dernière question, mais je hochai la tête pour indiquer qu'elle pouvait y aller. Bien évidemment, dans sa bouche, j'avais l'air d'un héros... Je grimaçai et replaçai les choses dans leur contexte, précisant que je m'étais probablement conduit comme un mufle... Elle évoqua le manteau posé sur ses genoux pour la préserver du froid... Je baissai le nez... Elle avait gagné et tous mes hommes étaient proprement estomaqués. Ce fût encore une fois Logan qui prit la parole, alors que tout le monde avait bombardé la métisse de questions, pour cette fois-ci mettre les pieds en plein dans le plat...

« J'ai l'impression que personne n'ose demander, sûrement de peur de ne pas être invité ! Mais je vois les plaques du Lieutenant à votre cou... Il avait pris le pli de m'appeler par mon grade, comme tout le monde ici. Le mariage est prévu pour quand ? Je ne voyais pas le visage de la jeune femme, mais je sentis sa surprise me parcourir le corps. Je ne bronchai pourtant pas.
-Le... ? Pardon... ? Elle ne l'avait visiblement pas vu venir. Et moi non plus, pour être franc.
-Les plaques, à votre cou, ce sont bien celle de votre Lié, non ? C'est en me donnant ses plaques qu'Amanda a répondu à ma demande en mariage. Et mon frère a donné les siennes à sa fiancée avant de partir au front... Les regards se tournèrent vers moi mais je ne répondis, après un soupire, que lorsqu'Ani releva son visage perturbé vers moi.
-C'est... Donner ses plaques, c'est promettre de toujours revenir vers une personne... Promettre de ne pas mourir au combat car cette personne nous attend... Pour beaucoup, c'est une promesse de mariage... Ou une demande...
-J'ai... J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas... ? Logan était visiblement bien embêté... Plus embêté encore lorsque je reposai mon regard sur lui sans rien dire. Finalement, je soupirai et balançai la tête de gauche à droite avant de lâcher.
-Non... Je n'avais juste pas... Pas explicité les choses... Pas réfléchis aussi loin... Mais vous aurez tous droit à un carton d'invitation si elle me dit « oui »... »

L'arrivée de Poe, qui se posa sur la barre au dessus d'Hampton en lâchant un magistral « FUCK YOU ! », me sauva d'avoir à répondre à l'expression à la fois surprise et désemparée de ma Liée qui n'avait pour sa part pas tourné les yeux vers l'oiseau. Je la regardai pendant quelques secondes qui me parurent être des heures avant de lui adresser un pâle sourire incertain et de prendre entre mes doigts ces plaques qu'elle portait sur son cœur. Je posai un baiser sur le métal avant de me pencher pour capturer ses lèvres l'espace d'un souffle ou deux. Contre sa bouche, je murmurai un « Plus tard... ». Nous en parlerions une fois seuls... Et pas forcement tout de suite... Nous avions bien le temps... L'instant fut brisé lorsque le corbeau quitta la barre pour venir se poser sur l'établi entre Rogers et moi. Je lui tendis mon café dans lequel il préleva sa dîme avant de tourner sa tête de gauche à droite, observant Ani. « M'anam ! ». Il sauta sur mon bras lorsque je le lui offris, l'autre restant enroulé autour de la taille de la jeune femme. Il ne permettait pas une telle proximité à beaucoup de personnes. Ani et Armel étaient des privilégiés, peut-être car il sentait un peu de moi en eux ? Il commençait à accepter l'Allemand également... Du moins, il ne le fuyait plus avant que Klaus ne parte pour l'Allemagne... Nous n'avions toujours pas de nouvelles...

Le sujet des plaques fut heureusement évacué et nous en revînmes petit à petit à nos souvenirs de guerre plus ou moins heureux... Plus souvent « moins » que « plus »... Nous évoquâmes, comme à chaque rencontre, les disparitions de nos amis. La tradition voulait que nous nous passions le verre servi en leur nom pour le vider, y prenant chacun une gorgée. Un de plus pour Colt depuis notre dernière entrevue... Nous en arrivâmes finalement à Cobb, notre supérieur. Ce fut Graves qui me demanda, d'une voix étonnamment douce pour elle... Ce fut peut-être ce qui me convainquit de répondre...

« Vous n'avez jamais voulu nous dire, Lieutenant... Mais qu'est-ce que vous a dit Cobb, à Ruiz et vous, avant de mourir... ? Je levai mon regard dans celui de l'hispanique. Pour être franc, je ne savais même pas pourquoi nous ne leur avions jamais répondu... La peur d'échouer, sûrement... Et, dans un sens, ça avait été le cas... Nous n'avions pas pu sauver tout le monde...
-Il nous a donné un ordre... Le silence, ils attendaient visiblement la suite. Je repris une gorgée de café avant de remplir ma tasse et de la proposer à Ani. Il nous a ordonné de vous ramener à la maison. Ruiz en tant que notre infirmier... Moi, en tant que votre supérieur... Le silence, toujours... Ce fut la voix d'Hampton qui le brisa depuis le poste de pilotage avant que ses doigts ne recommencent à tisser une mélodie sur ses cordes.
-Et vous nous avez ramené, Lieutenant... Je lâchai un rire bref, ressemblant presque à un renâclement, mais ce fût Ruiz qui répondit le premier d'une voix triste. Comme moi, il portait le poids de chaque homme que nous avions perdu. Le vivait comme un échec personnel.
-Pas tous... Je balançai la tête...
-Naye... Pas tous... »

Après un nouveau passage à vide, les conversations reprirent... On me demanda même de chanter, en souvenir du « bon vieux temps », et je finis par m’exécuter accompagné par les accords qu'Hampton posait sur sa guitare. Le temps passa, les heures... Logan et Dunn furent les premiers à partir, bientôt suivit de Ruiz puis de Romero... Ceux qui devaient se lever tôt le lendemain. Ani alla ensuite se coucher, rejoignant ma chambre qu'elle dût trouver dans un état pas possible. Habituellement, je rangeais un minimum lorsqu'elle venait... Cette fois-ci, je n'avais pas pu prévoir... Pour ma part, je restait encore un long moment à discuter avec les restant, buvant moins que je ne l'avais prévu du fait de la présence de la jeune femme. Wheeler et Hampton finirent par mettre les voiles... Puis Graves indiqua qu'elle devait également rentrer et Ellis la suivit pour une fois « ouvertement ».

Il ne restait plus que Rogers et moi... Posés sur le pont, un verre à la main et une cigarette au coin des lèvres, nous ne partageâmes que le silence pendant de longues minutes. Finalement, je soufflai un long nuage de fumée et déclarai :

« Je vais devoir raccrocher, Rogers... Il tourna sont regard mercuriel vers moi, hocha légèrement la tête.
-A cause des plaques... ? L'ombre d'un rire, j'acquiesçai.
-Aye... A cause des plaques... Il ne répondit pas tout de suite, réfléchissant probablement à comment il allait pouvoir réorganiser ses affaires s'il ne pouvait plus compter sur moi. Il finit par vider son verre, me tendit la main.
-Nous vous aiderons à évacuer ce qui doit l'être et à faire place nette, Lieutenant. Il n'y aura plus de « Mac » que dans les souvenirs... Un Croquemitaine pour faire peur aux vilaines petites frappes qui sortent trop des rangs... Je pris son avant bras, sa main se refermant sur le mien. Un putain de signe de confiance, en ce qui me concernait, et Rogers en avait pleinement conscience.
-Merci, soldat... Il grimaça.
-Pour les beaux yeux de votre petite perle ! Elle est bien trop jolie pour vous, soit dit en passant et sans offense ! Pour la peine, je ris pour de bon.
-Aye ! Elle l'est... Crois moi, je le sais ! »


Clockwise... [Tranches de vie] (Ani & Glenn) Dewc
Posté le Mar 17 Sep - 16:42
Ani Shah
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4 Juillet 2019.


La jeune femme ouvre son armoire, les gestes rapides. Il est déjà dix neuf heures, elle doit retrouver Glenn dans une petite heure. Aujourd’hui, jour de fête nationale, 4 juillet commémoratif. Une date à célébrer, mais pour eux c’est surtout une occasion de se retrouver sous de bons augures.
Le mois de Juin a été mouvementé, la vie de la jeune femme commence enfin à changer... Et pour de meilleurs augures. Fini, le Doyle’s, fini le Choop. Ni serveuse, ni strip-teaseuse, elle n’est rien pour le moment. Et après tous ces mois passés à trimer pour joindre les deux bouts, un peu de repos ne lui fait pas de mal. Elle peut profiter de son frère, avec qui elle a pu renouer, enfin... Elle peut profiter de la ville et du beau temps, appareil photo à la main. Elle peut se promener, apprécier le simple bonheur de se sentir libre et légère. Et elle peut profiter de la présence de Glenn, aussi, elle peut se moquer de l’heure à laquelle elle se couche, de celle à laquelle elle se lève. Elle profite de lui, d’eux, de cette relation qui nait encore et qui ne demande qu’à grandir. Elle savoure les étincelles dans sa poitrine, elle savoure un contact, un effleurement, le son de sa voix et sa présence. Elle savoure la façon dont ses sentiments s’assurent, grandissent, prennent encore plus de place. Elle savoure l’amour, pur, viscéral, pourtant presque platonique entre eux.

Ce soir, ils se retrouvent sur les bords de l’East River pour assister aux feux d’artifices. La jeune femme a prévu de quoi manger, de quoi boire, amènera le tout dans son sac. Wraps de poulet sauce tandoori, crudités, un thermos de thé glacé, une flasque de Whisky, une fournée de muffins achetés à l’excellente pâtisserie qui fait l’angle de sa rue. Les températures extérieures sont chaudes, aussi met-elle la main sur une robe longue, mais légère, qui dévoile la moitié de son dos. Couleur brique, elle est brodée de minuscules marguerites. Deux anneaux à ses oreilles, une longue tresse pour ses cheveux, à peine une once de maquillage. Et des lunettes de soleil. La brune s’élance hors de sa chambre, croise son frère et plaque un baiser tendre sur sa joue avant de dévaler les escaliers. « A plus tard, je t’aime ! » Lance-t-elle à la volée avant de claquer la porte d’entrée derrière elle.

La vie est plus facile aujourd’hui, les traumatismes ne s’effacent pas mais... Ils prennent moins de place. Ecrasés par le bonheur et l’amour, ils ne font plus le poids. Elle a parlé un peu, la dernière fois au groupe de discussion. Elle a raconté un peu ce qui lui est arrivé, sa main vissée à celle de Glenn, regard dans le vague. Elle a remué le mazout effrayant qui englue sa dignité, sa confiance en elle, son estime et son amour propre. Elle a raconté, et c’est étonnant comme elle se souvient de certains détails en oubliant l’essentiel. C’est étonnant comme son cerveau a trié les souvenirs pour que jamais elle n’ait à revivre cet acte qui la hante pourtant. En racontant, elle a peut-être un peu exorcisé. Mais en écoutant les autres elle a également pu... Se déculpabiliser. Comprendre que se défendre davantage n’aurait pas été possible, qu’elle n’est pas responsable.

Et lui était là. Avec elle, fidèle au poste. Statuesque, phare dans sa tempête personnelle.
Elle ne l’en a aimé que davantage. Et pourtant il n’a rien eut à faire, rien eut à dire. Être là, cela suffit parfois.

Métro bondé, écouteurs sur les oreilles, la jeune femme écrit à son âme liée pour le prévenir qu’elle est en route et qu’elle arrivera bientôt. Ecouteurs sur les oreilles, elle inspire doucement, puis décide d’envoyer un petit message à Serendipity. Klaus est rentré il y a une dizaine de jours maintenant, au soulagement général. Et les deux femmes n’ont pas encore eu le temps de se revoir, mais Ani envoie toujours un message, tous les jours. Quelque chose comme Je pense à toi ou une anecdote toute bête de sa journée. Cela suffit parfois, non ? A montrer qu’on est là.

La jeune femme surgit du métro en inspirant l’air chaud de la fin de journée. Retard d’une dizaine de minutes, elle marche rapidement jusqu’aux bords de l’East River, près de leur point de rendez vous. Le soleil se couchera d’ici une vingtaine de minutes, et le feu d’artifice sera tiré sur les coups de vingt et une heure trente, lorsqu’il fera nuit noire. Glenn n’est pas un personnage facile à manquer ; le roux de ses cheveux, sa grande taille, un seul œil. Physique peu commun, qu’elle aime bien évidemment. Mais il lui est difficile de l’exprimer ; elle ne peut en vérité le lui dire. L’autre n’aime pas recevoir les compliments, et peu importe à quel point elle le trouve beau, à quel point il lui plait... Elle a comme l’impression qu’il ne la croit pas. Tant pis, elle sait ce qu’elle ressent, elle, et ses yeux ne mentent pas. Mais l’attraction physique qu’elle ressent pour lui engage bien d’autres problèmes qu’elle ne sait comment régler. Sexuellement... Rien ne se passe. Lui, elle, tous deux sont bloqués dans leurs propres peurs. Comme elle en aurait envie, pourtant.

« Désolée, je suis en retard ! » Feu follet d’énergie pure, la jeune femme remet son sac sur son épaule et se hisse jusqu’à sa bouche pour lui voler un baiser. Sourire sur ses lèvres, un sourire qu’elle ne peut offrir qu’à lui.

© rolly


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Posté le Mar 1 Oct - 0:46
Glenn MacKenzie
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Installé derrière la barre du chalutier, je me sentais un peu gauche alors que je remontais l'intangible frontière entre le New Jersey et l'état de New York. Les gens avaient tendance à l'oublier, mais Staten était en réalité totalement excentrée de la cité en elle-même. Bien plus proche de Brooklyn que de Manhattan. Ma Liée vivait littéralement « à l'autre bout de la ville » et la rejoindre n'était jamais aisé, que je le fasse par les eaux ou bien par les terres... Mais, avec le temps, nous avions réussi à nous trouver quelques points de rencontre atteignables sans trop de peine autant pour Ani que pour moi... Même s'il y avait une solution bien plus simple et évidente... Une solution qui m'avait poussé à faire un « effort » afin de ne pas ressembler à... A ce que j'étais, au final... Hey ! J'avais lacé mes deux rangers, aujourd'hui ! Il fallait vraiment que je l'aime pour me déchirer les muscles afin d'avoir l'air... A la hauteur ?

Avant ça, j'avais passé un jean... Basique, noir... Mais correctement taillé pour ma stature qui s'améliorait peu à peu grâce à Armel et aux coups de pieds qu'il me mettait au cul jusqu'à ce que je devienne un peu trop sérieux dans mes menaces de le buter. L'acteur savait maintenant faire la différence entre mes « je peux pas » exprimant le manque de confiance et mes « j'en peux plus » relevant d'une réelle limite physique... Ça avait pris du temps, mais... Nous nous comprenions... Et autant lui que Klaus, même si l'Allemand n'avait clairement pas eu beaucoup de temps à m'accorder depuis son retour, m'avaient explosé les tympans jusqu'à ce que je me décide à renouveler quasi totalement ma garde robe... Bref... Ni mon jean ni mon t-shirt ne me flottaient dessus et ils étaient réellement « noirs », pas gris sombre délavé voir blanchâtre... J'avais même troqué mon full-size troué pour une veste, mon patch pour des lunettes bien plus passe-partout... Mais personne n'avait encore réussi à me convaincre de faire autre chose qu'épointer ma crinière que j'avais fini par natter après que Poe ait détruit par trois fois mon catogan... Sale bête...

Un soupire, alors qu'un jeu de lumière reflétait mon image dans la vitre du poste de pilotage. C'était moi, cet homme ? Il ressemblait tellement plus à celui que j'étais « avant ». Même Rogers me l'avait fait remarquer lorsque nous avions travaillé à la mise au clair de nos affaires communes. J'avais l'air d'aller... D'aller « bien », en fait... De quelqu'un de normal, ou presque, et de presque sain... Tant qu'on ne voyait pas mes yeux, en tout cas... Le gouffre de l'un et les ombres de l'autre... Tant qu'on ne m'approchait pas de trop près... Tant qu'on ne me posait pas trop de questions... Tant qu'Ani était là... Tout allait toujours mieux en sa présence. Le monde était moins moche, moins gris... Ou bien c'était simplement elle qui était belle et d'autant plus rayonnante maintenant qu'elle s'était libérée de ses chaînes ? Oui... C'était sûrement ça...

J'avais amarré le bateau sur l'East River, dans les hauts de Brooklyn et pas très loin d'un parc d'où nous pourrions voir l'un des feux d'artifices tirés pour la fête nationale. J’espérais qu'il n'y aurait pas trop de monde, même si je ne me faisais pas réellement d'illusions. Heureusement, le corbeau perché sur mon épaule suffisait à faire de moi une attraction et à me rendre « repérable »... Sans compter qu'il avait son instinct pour lui et avait tendance à se focaliser sur l'important plutôt que sur le détail. Je n'attendais pas depuis longtemps, finalement, lorsque l'oiseau lâcha un « M'anam » dans mon oreille avant de gonfler ses plumes d’orgueil, apparemment ravi de l'avoir repérée avant moi.

Je tournai mon attention dans le même sens que lui et un sourire vint étirer mes lèvres en réponse à celui que m'offrait la jeune femme qui avançait vers moi. J'avais appris ça avec elle, à son contact... Le fait que la simple présence de « l'autre » - qu'il soit ami, amant ou Lié – puisse... Tout changer, rendre simplement heureux d'avoir la chance de partager l'instant même si nous n'avions rien de précis à faire... Pas d'utile, simplement de l'agréable... Je ne recommençais qu'à peine à me l'autoriser...

Qu'elle était belle... !

Oh, c'était définitivement son âme plutôt que son corps qui avait fait céder mes résistances, mais... Mais à chaque fois qu'elle paraissait, j'avais la nette impression de recevoir un coup de marteau derrière la tête. Tellement belle... Et, si j'avais désormais moins de mal à l'accueillir contre moi, je ne le faisais toujours pas sans un profond sentiment d'incrédulité. Je ne devrais pas avoir droit à... Le droit de... Mais je finissais toujours par secouer la tête et abdiquer mes doutes... Ce droit, c'était la métisse elle-même qui me l'avait donné... Qui me le redonnait à chaque fois que nous nous voyions... Un « droit » qui avait un sens particulièrement profond après ce qu'elle avait traversé. Son choix... J'étais son choix... Et j'avais arrêté de lui faire systématiquement remarquer que je ne la méritais pas lorsque j'avais compris que cela lui faisait de la peine...

Car c'était maintenant presque facile, instinctif, mes mains glissèrent sur sa taille et dans sa nuque pour l'équilibrer lorsqu'elle se hissa pour m'offrir ses lèvres et je lui donnai le baiser réclamé sans me faire prier... M'y attardant même un peu... Ça aussi, elle me l'avait réappris... Le plaisir d'un souffle partagé, d'un corps tendre posé contre le mien... Plus de douleurs, pour être franc. Je lui faisais bien trop confiance pour cela... Confiance pour ne pas dépasser les frontières que nous n'érodions qu'une caresse à la fois... Jusqu'à ce que la souffrance s'estompe, autant la mienne que la sienne... Un nouveau sourire alors que je balançais la tête et que mes lèvres venaient se poser sur son front pour un nouveau baiser avant que je ne trouve son regard par dessus ses lunettes. « Je viens à peine d'arriver... Et tu vaux toujours la peine d'attendre... Un rire à peine audible, court mais sincère, et je lui proposai de la débarrasser de son sac. Nous avions découvert qu'en porter un du côté de ma jambe valide - lorsque je n'utilisais pas ma canne - me permettait de... Hum... Aucune idée de la mécanique du mouvement... Mais le balancier se faisait ainsi plus facilement, devenait moins douloureux. Je lui proposai mon autre main à tenir, chose que je ne faisais pas systématiquement et qui laissait supposer que je n'étais pas « armé ». La sécurité était généralement largement renforcée le quatre juillet et je ne voyais pas de danger en perspective... C'était également une concession à l'avenir que je m'efforçais de construire pour elle... Pour nous... Tu es belle... Encore cette incrédulité dans mon ton, dans mon regard... Promis, M'anam... Je vais m'y habituer... Je vais essayer... Je relevai le nez, lui désignai une plage d'herbe vaste et accueillante longeant la rivière accueillant déjà quelques pique-niqueurs. Il était entendu que je ne pouvais pas lui proposer une longue marche afin de nous ouvrir l’appétit, donc... Ici, ça te va ? Le feu d'artifice est tiré de la rive d'en face, un peu plus loin à droite, mais il y a déjà trop de monde... Ici ou ailleurs, je l'invitai à faire quelques pas pour trouver un coin qui lui plaisait avant de demander. Tu vas bien ? Ça fait longtemps... Et c'était en grande partie de ma faute, car j'avais multiplié les rendez-vous avec mes clients ainsi qu'avec Rogers depuis qu'elle avait rencontré mes gars... Multiplié mes passages au théâtre que retapait Klaus depuis son retour également, car le blond comptait bien mettre un toit sur la tête de sa Liée et de leur enfant... C'était pour la bonne cause, mais... C'est plutôt à moi de m'excuser... »


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Posté le Ven 8 Nov - 21:47
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La main fine de la jeune femme se faufile jusqu’entre les grands doigts de son âme liée, disparaît dans sa paume avec un sentiment de bonheur non feint. Simple contact, ils ne s’épanchent généralement pas en public, elle n’est pas du genre à réclamer ses attentions à chaque seconde. Ils sont ensembles, ils le savent pertinemment et bien entendu, cela leur suffit. Pas besoin d’afficher tout cela au monde sans aucune pudeur. Cela ne veut pas dire qu’elle se retient de quoi que ce soit, mais... Mais c’est leur dynamique.

La jeune femme lui céda son sac sans rechigner, sachant pertinemment qu’au delà une quelconque galanterie, le poids de sa besace l’aidait en effet à s’équilibrer et à mesurer l’oscillement de son corps.  Un simple sourire à son intention, elle resserra ses doigts autour des siens en recevant son compliment. « Toi aussi ! » Elle avait été témoin des changements qui s’étaient opérés tout autour de lui. Spectatrice discrète, elle avait constaté les nouveaux t-shirt, jeans, chaussures, ces entraînements auxquels il s’adonnait en compagnie d’Armel, qu’elle revoyait par ailleurs à présent beaucoup plus souvent. Elle avait connu l’acteur à l’époque où il fréquentait Joan, et l’avait toujours trouvé plutôt sympathique. Un petit emmerdeur, mais sympathique. A la vérité, elle l’appréciait davantage dans le rôle qu’il tenait auprès de son âme liée que celui qu’il avait tenu auprès de Joax. Triste histoire que celle de ces deux là.

La jeune femme le suivit jusqu’à un coin d’herbe inoccupé et, après avoir observé autour d’eux, elle hocha la tête en réponse à sa question. S’installer ici semblait être une bonne idée, ils étaient au moins un peu tranquille, proche des rives, sous un arbre dont le tronc pourrait servir de dossier. « Ici c’est parfait ! » La jeune femme lui récupéra le sac pour qu’il puisse s’asseoir en toute tranquillité - et descendre à ce niveau du sol n’était pas aisé pour lui, avant d’en faire de même, en tailleur. « Oh oui, tout va bien. » Un sourire à son intention, ses doigts fins déjà occupés à ouvrir le sac pour en sortir au moins les boissons. Il faisait une chaleur étouffante, et il lui tardait sincèrement de pouvoir se servir un grand verre de thé glacé. Un gobelet pour lui, un pour elle, puis une bonne quantité de thé à la menthe et au citron pour chacun d’entre eux. « Ne t’en fais pas... La situation était suffisamment tendue, je comprends parfaitement. J'ai passé du temps avec mon frère, j'ai visité des trucs, fais pas mal d'expos.. Ça faisait longtemps ! »

Il avait sa vie, elle avait la sienne, et ils se retrouvaient lorsqu’ils le pouvaient. Arrangement tacite, instants doux partagés à deux. « J’espère que ça ne t’a pas trop pesé sur le moral... » Elle secoua doucement la tête, reposant son verre après en avoir prit une longue gorgée, puis plongea de nouveau la main dans son sac pour en sortir ses cigarettes. Le paquet, posé entre eux deux, était évidemment aussi bien pour elle que pour lui. Un coup de briquet après un regard circulaire ; pas d’enfants autour d’eux. « J’ai envoyé quelques messages à Serendipity... Mais bon. J’ai préféré la laisser tranquille. Enfin bref ! Toi, tu vas bien ? »

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Posté le Mar 19 Nov - 14:39
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Chassez le naturel, il revient au galop... Même si je faisais sincèrement de mon mieux pour retrouver une vie normale qui me permettrait d'avoir réellement ma place dans celle d'Ani. Même si je faisais l'effort de laisser mes armes à feu sur le bateau. Même si je multipliais les « si »... Je ne pus m'empêcher de scanner les environs à la recherche de la moindre activité louche, du moindre regard de travers, lorsque ma Liée trouva un coin d'herbe qui lui convenait et qui m'aurait sans doute paru charmant s'il n'avait pas été si exposé. J'aimais avoir le dos au mur... Pas être coincé, non ! Simplement avoir la certitude que rien ne pouvait arriver sans que je puisse le voir, l'évaluer et agir en conséquence. Non pas que je n'aimais pas les espaces ouverts ! Pas tant que je pouvais me déplacer, en tout cas... Mais une fois assis, je serais une cible trop facile... Et si j'en étais une, ma Liée n'était pas plus en sécurité...

La métisse m'avait repris son sac et sa main avait quitté la mienne, laissant mes doigts gourds d'une tension qui s'invitait jusque dans mes épaules... Dans tout mon corps, à la vérité... J'étais encore tordu, en fait. Cassé. Et je le serais probablement jusqu'à ma mort. C'était instinctif, je ne pouvais pas ne pas imaginer le pire, toujours... Mon regard s'accrocha à un groupe de jeunes, packs de bières bon marché à la main, qui semblait vouloir venir s'installer non loin de nous. Sentant probablement la vibration sourde dans mon corps alors que je retirais ma veste, Poe lâcha un croassement lugubre qui attira leur attention. Ils rirent en voyant l'oiseau, sûrement surpris de le voir si proche d'un humain... Puis leurs yeux tombèrent sur moi et je sais ce que leur hurla leur cerveau reptilien, celui qui contrôlait les réflexes de survie... « DANGER ! ». Ils ne prirent pas la peine de se concerter, accélérèrent leurs pas, et allèrent se poser bien plus loin... Non, rien à faire... Je ne serais jamais le petit ami lambda... Trop méfiant, trop soupçonneux, jamais véritablement en paix...

C'était un miracle que je ne fasse pas peur à ma Liée elle même... Un miracle que ma route ait croisé celles d'hommes ayant bien assez de caractère ou de confiance en eux pour passer outre à mon conditionnement... Merde... ! J'avais planté mon flingue dans le ventre d'Armel ! Il m'arrivait de m'en vouloir, puis l'acteur me mettait en boîte et je m'en foutais à nouveau... Si j'avais fait le même coup à Klaus ou Kahn ? Je ne serais probablement plus de ce monde... Ils auraient bien plus efficacement et définitivement clôturé le débat. Je n'étais pas le seul qui se traînait un putain de stress post traumatique, même si l'Allemand n'aurait probablement pas donné le même nom à son « éducation ».

Et tous les trois, chacun à notre façon, nous nous étions trouvé une compagne capable de nous regarder droit dans les yeux et de nous faire comprendre que non, on leur faisait pas peur... Vraiment pas... Je fermai un temps l’œil pour inspirer profondément avant de reposer mon regard sur Ani qui était déjà en train de nous servir à boire. Moyra en avait clairement vu d'autres et était une dure à cuire, armée qui plus est... Serendipity... La Liée de Klaus semblait avoir un radar, ou un aimant plutôt... Elle faisait ressortir le meilleur des gens qui l'approchaient... Même moi, elle me faisait sourire... Et Ani ? Que voyait-elle en moi que j'étais incapable de discerner ? Est-ce que je voulais vraiment le savoir ?

Un soupire, puis je me résignai à rejoindre le plancher des vaches en m'aidant de l'arbre. Grâce à Armel et à son coaching, mon genoux ne gémissait plus trop de devoir supporter l'intégralité de mon poids lorsque je me pliais à ce genre d'exercice. Pour autant, ça ne serait jamais « agréable » et ce fut avec soulagement que j'étendis de nouveau ma jambe devant moi, la seconde repliée pour servir de perchoir au corbeau qui y grimpa d'un coup d'ailes. Lui non plus n'appréciait pas vraiment le sol... Tel maître, tel piaf...

Recevant le verre qu'Ani m'offrait, j'avalai une gorgée de thé en regrettant que ce ne soit pas du café mais sans faire la grimace, l'écoutant m'expliquer comment elle s'était occupée depuis notre dernière rencontre. Les choses avaient l'air d'aller de mieux en mieux avec Adinath. Lui-même avait l'air d'aller de mieux en mieux... De fait, ma Liée s'autorisait à nouveau à vivre et a expérimenter... A découvrir... Un mince sourire revint étirer mes lèvres alors qu'elle évoquait ses visites. J'avais hâte de voir ses prochaines photos... J'attrapai le paquet de cigarettes et m'en allumai une à sa suite avant de relâcher un nuage de fumée dans l'air estival, présentant mon verre à Poe qui voulait goûter, comme à son habitude... Ma Liée évoqua l'Asiatique qui portait en elle la prochaine génération « Henssler » et je haussai vaguement les épaules.
« J'ai passé pas mal de temps au théâtre pour aider Klaus et Kahn, mais je ne l'y ai pas vu et... Mhm... Les choses sont encore tendues, j'ai l'impression, même si Klaus est pas du genre à se plaindre et qu'on a pas évoqué le sujet plus que ça. Un vague rire m'échappa. Je risque pas de lui donner des conseils pour gérer ça, de toute façon. Pas mon domaine... Le petit devrait arriver pour octobre ou novembre. Ils ont encore le temps de se retrouver, j'espère... Et je l’espérais même sincèrement... Nouveau nuage de fumée, le regard posé sur l'eau. Ça va, ouai... Kao va avoir un an dans deux jours. Je suis censé aller fêter ça chez Armel. Je fronçai les sourcils, lui adressai un regard désolé. Tu es invitée, d'ailleurs... J'ai complètement oublié de... Enfin... Pas encore l'habitude d'être à deux, je suppose... Pas l'habitude d'être invité non plus, en fait... J'ai pas vu le temps passer, trop occupé. Je sais même pas quoi lui offrir, ce gosse a déjà tout... J'imagine que Serendipity sera là aussi, si tu veux la voir... Grimace... Probablement seule... Ces derniers mois, au cours de rencontres parfaitement impromptues, nous avions découvert à quel point nous étions tous... Reliés ? C'en devenait presque effrayant... Rien que pour ma part, mon filleul - qui était le fils de mon second Lié - se trouvait également être celui de la Liée de Klaus, la jeune femme étant elle-même liée « en seconde noces » au jumeau de ma compagne... Et quelque chose me disait que nous n'en avions pas terminé avec ce genre de révélation. Je balançai la tête. Je devrais peut-être en profiter pour parler à Seren... C'est pas Kahn qui risque de le faire... Et Moyra et Ani ne connaissaient pas autant l'Allemand... Ne le « comprenaient » pas autant, plutôt... Enfin... Tu sais, la vie était tellement plus simple quand il n'y avait que mon bateau, Poe et moi... C'est dur de réapprendre à gérer les gens, à être bienveillant... » Je balançai la tête, la regardai de nouveau avec un pli étrange au coin des lèvres. Pas vraiment une moue, pas exactement un sourire. J'apprenais encore.


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Posté le Mer 20 Nov - 1:21
Ani Shah
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La jeune femme, concentrée sur sa petite installation, ne se rendit absolument pas compte de l’interaction muette qui venait de se faire entre Glenn et le groupe d’inconnus prêt à s’installer près d’eux. Verres servis, bientôt son âme liée s’assoit près d’elle et son sourire se redirige vers lui. La discussion s’engage tout naturellement, à l’aise comme ils le sont souvent à l’oral. Elle n’a jamais eu de mal pour lui parler, et la chose agréable entre eux deux c’est que les silences aussi sont agréables. Parler pendant des heures de choses tellement diverses, ou bien profiter d’un instant de calme comparable à aucun autre. Il va sans dire qu’elle parle plus que lui, qu’elle sourit plus que lui, qu’elle vivote bien plus que lui. Mais il est le phare et elle est l’oiseau qui se niche à son sommet, qui virevolte sans jamais pourtant trop s’éloigner. Mais cela ne l’avait jamais dérangée.

Il était comme l’un de ces animaux rendus sauvages par les difficultés d’une vie trop rude. Jamais totalement apprivoisés, tellement touchant pourtant, un de ceux pour lesquels le moindre pas en avant est un miracle à marquer de tendresse et d’amour. Elle ne souhaitait pas le rendre « normal », elle n’avait jamais voulu le faire. Ani n’avait que faire d’à quoi ressemblaient les couples normaux, de ce que pouvait vouloir dire « avoir une sexualité normale » et l’importance de celle ci. Certaines collègues du Doyle’s lui avaient posé des questions à l’époque, les classiques discussions entre filles. « Vous l’avez fait ? A quelle fréquence, est-ce que c’est bien ? » Elles avaient posé des questions en voyant leur proximité physique parfois compliquée, en fonction des humeurs de l’un ou de l’autre. « Moi mon homme ne peut pas me lâcher en public ! » ...

Ils étaient différents des autres couples.
Elle ne voulait rien de plus, rien de mieux. Juste ça, lui, et peu importe tous les prétendus défauts poinçonnés sur leur relation. Aucun stéréotypes pour la décourager, ils étaient eux et n’étaient semblables à aucuns autres.

Le regard automne d’Ani observe Glenn, derrière ses lunettes, et elle fume tranquillement en l’entendant. Serendipity et Klaus... Ani espérait qu’ils ne se déchireraient pas. Elle espérait que les choses se régleraient. Mais elle ne pouvait rien faire pour eux, rien dire. Elle pouvait soutenir l’Asiatique -l’allemand n’acceptait le soutient que de rares personnes, et pas le sien- de toutes ses forces, comprendre le blond et ses raisons mais... Il n’y avait rien à faire. Le futur leur dirait ce qu’ils deviendraient, mais elle ne pouvait s’empêcher d’être optimiste. Avec un enfant en jeu, ils arrangeraient les choses pour essayer au moins de faire marcher leur relation. Ils s’aimaient, ils en avaient presque le devoir de son point de vue. Un enfant ne demandait rien de plus que ses deux parents, et elle ne comprendrait définitivement pas une rupture directe et nette. Pas s’ils s’aimaient comme ils le faisaient.

Naïveté, peut-être. Mais le réalisme d’un vécu familial parlait ici ; avoir deux parents était important. Un père, une mère, ou bien deux de chaque peu importait en réalité.  Être élevé dans l’amour lorsque c’était possible... Un petit sourire fait frémir les lèvres de la jeune femme aux derniers mots de Glenn, elle tire une bouffée de tabac. « Mh. Plus simple peut-être... Mais je te vois mal échanger les jours d’aujourd’hui pour les anciens, non ? » Elle se rejette légèrement en arrière, une main appuyée sur le gazon. « Et peut-être que tu te trompes, vis à vis des conseils. Toi et moi nous sommes ensembles et quoi qu’ils en disent, je crois que nous étions des cas au moins aussi désespérés qu’eux. » Un petit rire secoue sa poitrine. « Je t’aime, mais c’est pourtant vrai. Nous avons traversé beaucoup de choses et tu sais ce que c’est que d’être lié. Tu sais ce que c’est que de traverser des épreuves, à la mesure de Klaus. Ne te déprécie pas. Et même sans avoir vécu ce qu’il a vécu, tu peux te mettre à sa place et lui donner ton avis sur les choses, tes perspectives. Ca lui ferait peut-être du bien après tout. »

La jeune femme tapote sa cendre dans le petit cendrier qu’elle a emporté avec elle. « Pour Seren... oui peut-être. Peut-être qu’en te parlant à toi, qui comprend Klaus, elle pourrait avoir une perspective différente sur les choses. » Elle grimace. « Je ne prends aucun parti entre les deux, en me mettant à la place de Seren je la comprends très bien... Mais Klaus a fait tout ça par amour justement... » Elle secoue doucement la tête, boit une gorgée de thé glacé. « Et bien sûr, je t’accompagnerais chez Armel. » Aucun grief retenu contre lui pour avoir omis de lui en parler.
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Posté le Mer 27 Nov - 0:02
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Un mince sourire alors que mon regard cyclopéen se détournait d'elle pour plonger dans les vaguelettes agitant l'East River qui paressait tranquillement sous le soleil d'été. Est-ce que j'échangerais ce présent contre mon passé ? Sur certains aspects, peut-être. Car je devais bien avouer que je ne savais plus du tout quoi faire de ma peau maintenant que « Mac » devenait peu à peu l'une des nombreuses légendes urbaines de New-York. J'avais assez d'argent de côté, et placé de façon à faire légalement des tas de petits, pour ne pas vraiment avoir besoin de travailler et même potentiellement accomplir le seul rêve qui ne m'avait pas quitté depuis mon retour aux States, mais... Est-ce que cela me suffirait ? Et est-ce que cela suffirait à Ani ? Car ce rêve, sans elle, n'aurait certainement plus la même saveur... Pas de réponse, donc, tout simplement car je n'en avais pas à lui offrir. Je ne savais pas... Je cherchais encore mon équilibre en espérant qu'elle m'aiderait à le trouver et ne m'en voudrait pas trop de chuter encore ici ou là...

Quant à être en mesure de les aider eux, encore une fois, je n'en savais trop rien. J'avais certes envie que les choses s'arrangent pour nos amis, mais... Qui étais-je pour prétendre « expliquer » Klaus à sa Liée ? Pour aider l'Allemand à trouver les bons mots pour regagner sa compagne et une place dans l'existence de cette dernière et de leur enfant à naître ? La plupart du temps, je ne savais pas comment parler à Ani et la seule chose qui faisait que cela fonctionnait entre nous était bien souvent que la jeune femme ne s'attendait justement pas à ce que j'oralise ce que je ressentais. Le silence nous convenait à tout les deux. La simple vibration électrique que sa main provoquait lorsqu'elle se nichait dans la mienne nous suffisait. Cela nous suffisait « pour le moment »...


Je balançai la tête sans un mot avant de reprendre une bouffée de tabac que je gardai plus longtemps que nécessaire dans mes poumons avant de l'expulser. C'était moi qui avait émis l'idée de m'en mêler, après tout. Serendipity ne repousserait sûrement pas une occasion de tenter de « comprendre » son compagnon, mais... Ouai... Klaus serait bien plus complexe à atteindre si je me proposais de faire le lien entre eux... Nous avions eu nos moments pour parler « à cœur ouvert », mais ils avaient été rares et... Et merde... J'allais quand même essayer, n'est-ce pas ? Quitte à me faire envoyer chier ou à m'entendre dire que ça ne me regardait pas car, précisément, ça ne me regardait pas...


«Je ferais pas comme lui, tu sais... Pour qu'elle puisse raccrocher les wagons, j'ajoutai... Comme Klaus, je veux dire... Un haussement d'épaules qui voulait à la fois tout et ne rien dire. Déjà, à moins d'une opération du Saint Esprit, aucune chance que tu sois enceinte mais... Enfin... Je tapai ma cigarette au dessus de son cendrier de fortune... Si mon passé me rattrapait, je m'en irais pas sans t'expliquer droit dans les yeux « pourquoi » je dois partir... Mon front se plissa, perplexe. Et je comprends toujours pas pourquoi Seren n'a eu droit qu'à une lettre. J'imagine qu'il a eu peur de pas trouver le courage d'y aller s'il la confrontait ? J'en sais rien... Mon regard retomba sur elle au travers de mes lunettes. Je sais pas si c'est mieux ou pire, tu me diras... J'esquissai un sourire et mon œil se posa sur ma main tenant ma cigarette que je levai pour faire tourner la claddagh à mon annulaire à l'aide du bout de mon pouce. Quoi que... Les lettres nous réussissent plutôt bien... Poe voulu taper du bec dans le métal brillant, manqua de se brûler sur ma clope. Je lâchai un sifflement vaguement agacé, plus inquiet qu'autre chose. Quoi ? T'es jaloux ? J'adressai une grimace à la métisse. Je crois qu'il veut une bague, lui aussi... Il doit envisager une reconversion en pigeon voyageur... » Je gardai mon regard sur elle, détaillant la courbe de son sourire, lui offris finalement ma main libre afin qu'elle y glisse de nouveau ses doigts. Plus je la touchais, plus c'était facile de le faire... Plus j'avais envie de le faire...


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Posté le Mer 18 Déc - 19:34
Ani Shah
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Un sourire léger grignota les lèvres de la jeune femme qui baissa les yeux vers le foyer de sa cigarette pour se débarrasser de sa cendre dans le récipient prévu à cet effet. Il ne ferait pas comme lui... C'était une bonne chose de le savoir. Elle ne pouvait pas nier que la question lui avait traversé les esprits ; qu'aurait-elle fait à la place de Serendipity ? ... Probablement la même chose. Probablement aurait-elle ressentit la même blessure à coeur ouvert. Mais elle savait aussi qu'elle n'aurait jamais accepté de le laisser partir. Probablement aurait-il fallu l'assommer pour ce faire. Alors la lettre, bien que douloureuse, n'était pas une mauvaise solution la concernant... Elle se garda cependant de le dire. Ani préférait le retenir par tous les moyens d'une probable mort que de devoir faire face à un bout de papier. Il avait déjà tant de fois marché sur la corde sensible tendue entre le monde des vivants et les limbes qu'elle ne pourrait se résoudre à accepter la possibilité d'une entreprise si dangereuse. Sûrement était-ce égoïste... Mais pour préserver le vie de son lié, elle aurait fait n'importe quoi.

Elle eut un petit sourire en coin, ses doigts se tendirent pour trouver les siens en douceur. « Les mots nous réussissent généralement plutôt bien, en fait. » L'honnêteté, la parole, la communication, tout cela n'était pas un problème pour eux. Dès les premiers instants, ils s'étaient dit les choses.

Le regard de la brune tombe sur Poe, et elle se sépare un instant de Glenn pour glisser son index sur son petit crâne osseux. « Pardon Poe, je penserai à toi la prochaine fois. » Les deux billes de l'animal se levèrent sur elle, et elle retira sa main avant de se faire pincer les doigts, un petit sourire aux lèvres. La discussion s'enchaina, tranquille, sans que jamais leurs mains ne se séparent. Comme prévu, au tomber du jour et une fois la nuit installée, le feu d'artifices fut lancé et, naturellement, la petit brune vint nicher son corps contre le flanc de celui de son âme liée. La joue appuyée contre son épaule, le regard levé vers les cieux, elle enroula ses doigts autour des siens. Empreinte discrète, les jambes étendue sur le gazon, elle tâche de ne pas trop l'envahir, sait que les contacts demeurent difficiles pour lui... Pour eux. Mais elle dépose des caresses tendres au creux de son poignet, plongée dans l'immensité des couleurs qui se déploient sur la voute, au dessus de New York. Son regard finit par se relever vers lui, léger sourire aux lèvres qui veut dire tant de choses. Le bonheur n'a jamais eu un tel goût. Coeur gros, prunelles éclatées par tout ce qu'elle ressent.
© rolly


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Posté le Ven 27 Déc - 17:10
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L'après-midi s'était écoulé aussi tranquillement que possible et je me demandais à quel moment, au cours de ces derniers mois, j'avais réappris à aimer ce genre de moments aussi calmes qu’apaisés et apaisants. Sans doute que constater jour après jour la détresse de l'Asiatique m'avait fait comprendre l'importance de profiter de chaque instant de plénitude que l'univers voulait bien m'accorder. Sans doute le départ de Klaus m'avait-il rappelé que je n'étais pas véritablement à l'abri de ce genre de désastre. Probablement que les épreuves que nos amis traversaient encore m'invitaient à comprendre la chance qui était mienne... Le bonheur simple d'être avec ma Liée... De voir son sourire tendre étirer ses lèvres souples, grimper jusqu'à son regard d'automne pour le faire étinceler. Et il suffisait à cela que nous soyons ensemble ? Que nos doigts soient noués les uns aux autres, que j’accueille son corps contre mon flanc, l'enserre d'un bras pour la protéger du rafraîchissement que la soirée posait sur les rives de l'East River...

J'étais heureux... Et, comme à chaque fois que cela me percutait, je sentis une expression parfaitement incrédule et surprise s’inviter sur mes traits qui n'étaient pourtant pas particulièrement expressifs. C'était Ani qui avait tout changé, qui avait pris tout ce que j'étais à bras le corps, qui avait tout retourné... Réaménagé ma vie pour y laisser entrer la lumière, petit à petit... Si doucement que je n'avais rien vu venir avant que la réalité me percute... Je l'aimais... J'aimais ce petit bout de femme, de tout mon cœur et de tout ce qui me restait d'âme... Et je la voulais auprès de moi, comme je m'apprêtais à le lui signifier... Un poids dans ma poche, le double des clés de la marina...

Il fit bientôt assez sombre pour que le feu d'artifice soit tiré... Je levai vers le ciel un regard amusé, attendant la première fleur d'étoiles avec une triste innocence qui vola très vite en éclats d'obus... BANG ! Pétrifié... Le bruit, l'odeur de la poudre... Un mur de volonté, bâti à la vitesse de la lumière, entre la métisse et moi... Depuis quelques temps, les Liés l'étaient davantage que jamais et leurs émotions filtraient, s'échangeaient... Ça m'allait, en ce sens que la jeune femme « comprenait » ce que je ressentais pour elle sans que j'ai besoin de poser des mots sur des sentiments trop complexes pour être dits... Mais pas ça... Je ne voulais pas qu'elle ressente ça... Je voulais que les feux d'artifices n'évoquent jamais que de la joie pour ma compagne, refusais de tâcher la fête par l'horreur de mes souvenirs... Et Dieu, que l'horreur était prégnante... Chaque détonation résonnait dans mon torse comme un nouveau coup frappé à la porte des Enfers... Ça vibrait, près à imploser... Peu de gens le savent, heureusement, mais vos propres os peuvent devenir des armes... On ne le découvre qu'en voyant un ami sauter sur une mine, en recevant des fragments de lui dans sa chair... C'était des images que j'avais presque réussi à oublier, que j'avais en tout cas occultées de mon mieux... Mais en cet instant, tout revenait... Tout me percutait... Tout me ramenait des années en arrière...

Un mouvement contre mon flanc, je baissai la tête presque avec effroi pour entrevoir le visage d'Ani éclairé par une nouvelle explosion de lumière... Immobile, je savais pourtant que j'étais blanc comme un linge, que mes muscles étaient plus durs que la pierre, tétanisés par la terreur, que mes joues étaient baignées de larmes et que mon iris unique était très loin d'exprimer le bonheur qui illuminait le regard de ma Liée...

J'allais sombrer... Si je ne faisais pas très rapidement quelque chose pour me raccrocher à la vie, j'allais sombrer... Craquer... Juste un peu, un tout petit peu, je tâchai de laisser la jeune femme entrevoir ce qui me chavirait en cet instant...
« M'anam... J'avais réussi à bouger... Juste assez pour tirer doucement sur son bras, pour lui demander d'oublier le feu d'artifices, pour la supplier de me couper de tout cela... Chose plus que rare, je la réclamai sur moi, son corps pressé contre le mien... Et je la serrai plus fort que jamais, m’imprégnant de sa chaleur et de son parfum pour oublier le froid de la peur et l'odeur de la mort... Je l'avais accompagnée à ses séances de paroles, j'avais tenu sa main... C'était à mon tour d'avoir besoin d'elle pour traverser mon ordalie. Je trempai son cou de mes larmes, comptant sur elle pour me maintenir en un seul morceau, pour... Pour me sauver... M'anam... » Le spectacle devait durer un peu plus d'une demie heure... Une éternité...


Clockwise... [Tranches de vie] (Ani & Glenn) Dewc
Posté le Ven 27 Déc - 18:32
Ani Shah
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Milles couleurs et sons, rires d'enfants, températures estivales et douceur d'une nuit d'été, rien ne va à l'encontre de cette soirée. Le bonheur éclate en petites capsules, distillées dans les veines de la bleue, qui ne se rend pour l'instant pas compte du déchirement que vit l'autre moitié de son âme. Mais lorsqu'elle croise son regard, voit les larmes, observe cette souffrance venue des tripes et des souvenirs, Ani se sent presque déplacée. Déplacée de ressentir une telle plénitude alors que Glenn, lui, revit un cauchemar.

Les yeux fauves de la jeune femme perdent tout à coup l'éclat joyeux dont ils étaient teintés pour s'armer d'une inquiétude intense. Son corps se redresse lentement, bientôt à genoux à côté de lui, et elle n'a plus rien à faire du feu d'artifice qui raisonne au dessus de New York. Un premier appel lui déchire la poitrine, ses mains remontent sur le torse de son âme liée tandis que son regard s'abime sur les traits pâles de l'homme qui partage sa vie. Les doigts de Glenn se sont refermés sur son biceps, et, lentement, il l'attire plus près, plus proche. Sans résister un seul instant, Ani se hisse au dessus de lui, sa paume droite ruisselant dans ses cheveux, glissant sur sa tempe avec une tendresse sans pareille. « Glenn... » Sourcils froncés par un air soucieux, elle ne le quitte pas des yeux, et dans sa poitrine enfle cette même horreur qui saisit le roux depuis sûrement plusieurs minutes.

Les explosions, la guerre, la mort, elle en sent comme le parfum. Et jusque dans ses os, elle ressent comme le besoin de l'en protéger. Le danger pourtant n'est pas là, il n'est pas présent mais... C'est tout comme.

Assise à califourchon au dessus de lui, la brune a entouré sa nuque de ses deux bras, le laissant nicher son visage dans son cou, contre sa poitrine. Les larmes de l'homme glissent sur ses joues et s'échouent sur les pétales des marguerites qui ornent sa robe, Ani ferme les yeux. Son emprise se resserre autour de lui, corps contre corps, bientôt sa joue s'appuie contre son crâne. Et, doucement, ses mains s'animent, glissent dans ses cheveux, caressent la peau visible de sa nuque, récoltent les perles de tristesse qui roulent sur ses pommettes. Tendrement, lentement, Ani fait en sorte de l'envelopper, de lui permettre d'oublier, sans pouvoir oublier les tressaillements qui le parcourent à chaque explosion. Au creux de sa poitrine, elle a donné à sa peau la saveur du tiaré, du monoï, celle d'îles qu'elle n'a jamais visitées. Et peut-être son parfum efface-t-il le soufre.

La jeune femme ne sait que dire pour le calmer, et pourtant, à son oreille, elle finit par murmurer. « Ça va aller. » Comme une promesse. « Bientôt ce sera terminé. » Elle ressentait le stress et la panique qui s’insufflait dans tout son être, tâchant de les calmer du mieux qu'elle le pouvait. Mais il n'y avait pas de mode opératoire dans ce genre de cas. « Respire... » Elle savait à quel point il était pourtant dur de se souvenir de le faire, dans ce genres d'instants. « Autour de nous il n'y a que milles couleurs peintes dans le ciel, oublie le bruit... » Elle n'espérait pas qu'il le fasse, pour être honnête. Juste qu'il se focalise sur sa voix. « Quand j'étais petite j'en avais très peur aussi, mais j'aimais les couleurs. Alors je voulais toujours y aller, mais je finissais toujours en larmes. »

Ses lèvres glissent sur sa tempe dans une caresse douce. « Alors ma mère me mettait des écouteurs sur les oreilles, avec de la musique très fort. Tu vois quand les enfants s'écrient devant les feux d'artifices ? ... Moi je ne m'entendais plus parler, alors je hurlais de joie et je dérangeais tout le monde. » Elle ne sait plus trop ce qu'elle raconte, parle simplement. Son regard se baisse, elle l'observe, niché dans son cou contre sa poitrine. Sans une telle émotion, probablement n'aurait-il jamais osé disparaître ainsi contre sa peau. Et la simple sensation du contact de leurs épidermes lui prodiguait une chaleur sans nom. « Ça va aller... » Ses yeux se ferment, elle continue de parler, doucement, de le bercer à voix basse, de faire courir ses mains qui font éclore milles douceurs. Elle redoute le bouquet final du feu d'artifice, connu pour être l'apothéose de l'évènement, aussi tâche-t-elle de l'emmener dans son propre monde avant que cela ne se produise.
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Posté le Lun 30 Déc - 0:39
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Depuis la guerre, le contact d'un corps contre le mien ne m'avait plus jamais rien apporté d'autre que souffrance et crainte aussi je ne laissais personne réellement m'approcher... Personne sinon elle, et encore... C'était seulement la troisième fois que nous étions si proches l'un de l'autre et il y avait toujours eu des larmes d'impliquées dans ces instants... Les miennes, la plupart du temps... Les siennes, parfois... Je ne voulais pas qu'elle pleure aujourd'hui, pourtant... Je ne voulais pas qu'elle pleure... Jamais... Ses larmes me blessaient plus sûrement et profondément qu'aucune arme ne le ferait jamais...

M'efforçant de me laisser emporter par sa voix et sa chaleur loin de tout ça, je m'enfonçais volontairement dans des souvenirs qui n'étaient « doux », malgré la douleur persistante, que parce qu'il y était question d'Ani... De Blue, cette première fois que je l'avais eu contre moi, nue dans mes bras au Choop Choop... C'était déjà si loin... Puis il y avait eu la disparition des phrases... Cette balle qui m'était destinée et qu'elle aurait pu recevoir en m'arrachant mon flingue... Ses larmes mêlées aux miennes... Si on m'avait dit que je trouverais un jour du réconfort en me remémorant des contacts déclenchés par les pires instants de ces dernières années, simplement car « Elle » était là pour m'aider à les traverser... J'aurais ri... Ri jaune probablement, mais... Ani... Juste Ani...

Son parfum au creux de sa poitrine contre laquelle je pressais mon visage... La douceur de sa peau d'épices, de sa voix à mon oreille qui tâchait de couvrir le bruit des détonations... Son corps comme un bouclier, comme un pansement... Ses mains dans mes cheveux, elle avait eu tout le temps de découvrir que c'était encore l'endroit le plus sûr où me toucher sans provoquer malaise ou tension... J'y étais presque... Puis une nouvelle fusée d'étincelles explosa... Puis sa jumelle et tout le restant de sa famille... J'essayais fort, tellement fort... Si fort de m'extraire de ce manège...Est-ce que je serrais ma Liée trop fort ? Peut-être... Pas encore assez à mon goût... Mais la métisse me serrait tout autant, m'accueillait contre elle et me berçait sans me reprocher mes peurs aussi... Aussi je m'accrochais... Je m'accrochais à elle... J'avais appris à ne plus dépendre de personne, mais je dépendais d'elle... Si j'avais été armé en cet instant, et sans elle... J'avais honte de l'admettre, mais j'aurais très probablement fait un carnage autour de moi avant de mettre un terme définitif à ma misère...

La guerre... C'est ce que ça fait de vous... PTSD... Post-Traumatic Stress Disorder... Le « post » de cette locution était presque risible... Il supposait un incident appartenant définitivement au passé... Mais était-ce réellement du « passé » lorsque vous ne pouviez même plus apprécier un feu d'artifice avec votre compagne... ?

Les minutes passaient comme des heures sans que je prononce le moindre mot autre que le prénom de ma Liée... Étrange réflexe, j'embrassais sa peau cannelle avec chaque tressautement au creux de mes entrailles comme pour oublier la morsure du désert. Refuge... Paix... Amour... Tout ce que je n'avais pas eu « là-bas »... Tout ce que je n'avais plus jamais connu ici depuis le décès de mes grands-parents... Ma Liée m'apportait tout cela et plus encore et il n'y avait que de la tendresse dans son étreinte... Qu'Ani pour traverser la tempête jusqu'à la fin de l'ultime tableau de lumière au dessus de New-York...

Elle parlait encore et je l'entendais de mieux en mieux, pouvais enfin réellement écouter ce qu'elle me disait maintenant que les explosions ne couvraient plus sa voix. Pour autant, il me fallut encore de longues minutes niché contre elle avant que mon cœur ne reprenne un rythme normal et que la tension quitte enfin chaque nerf parcourant mon corps. Un profond soupire me souleva qui vint mourir dans son cou. Je ne voulais pas la lâcher... Si je la lâchai, qui savait quand je pourrais à nouveau me laisser autant approcher ? Je l'aurais souhaité, pourtant... Que ça devienne parfaitement naturel... Facile... Son corps contre le mien et les milles décharges électriques que cela provoquait... Je finis par murmurer...


« Je suis désolé, M'anam... Un de mes bras serrait encore ses reins contre moi, le second était venu remonter le long de son dos et mes doigts caressaient sa nuque comme pour lui rendre un peu de son affection... J'aurais dû prévoir que... Enfin... Un nouveau baiser sur sa gorge... La vie... M'accrocher à la vie... Et ma Vie, c'était Elle... Pardon de t'avoir gâcher la fête... Je rouvris enfin l’œil... Bien des gens étaient déjà en train de quitter les lieux, n'étant venus que pour le spectacle. Mais je n'étais pas encore prêt à bouger... Est-ce que... Tu veux bien qu'on reste encore un peu là... ? Je ne suis pas certain de pouvoir tenir debout si je me lève... Un silence... Puis j'avouai... Et je veux profiter de t'avoir contre moi... Autant que possible... C'est trop rare, et pour ça aussi je m'excuse... »

J'avais terriblement mal à la tête, mais ça passerait même si mon expression ne devait pas être beaucoup plus avenante que ne l'était ma voix enrouée par la douleur... Il faisait heureusement trop sombre pour qu'on me reproche mon air renfrogné... Et c'était également car il faisait si sombre que je voulais rester proche de ma Liée... A défaut de voir son visage, j'avais besoin de son odeur... Savoir que c'était elle...


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Posté le Lun 30 Déc - 1:53
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One need not to be a Chamber - to be haunted -
One need not to be a House -
The brain has Corridors - Surpassing Material places
Ourself behind ourself, concealed -
Should startle most -
Assassin Hid in our appartment
Be Horror's least.

Emily Dickinson.


Il n'y a pas de mots pour décrire le dénuement d'une telle situation...

Pas de gestes pour combler les gouffres qui hurlent de noirceur.

Baisers déposés contre sa peau, près de sa poitrine, et elle le berce. Yeux clos. Son visage s'illumine parfois, marin puis fauve, vert puis rose, au rythme des explosions qui terrifient sa moitié d'âme. Mais elle tâche de demeurer calme, solide. Ses bras autour de lui ne se desserrent pas, ses mains ne se fatiguent pas de glisser contre sa peau. Elle se moque d'être ainsi assise au dessus de lui, en public, se moque des regards qui, parfois, se tournent vers eux. Ani ne se préoccupe que de cet homme, de sa survie.

Le temps s'écoule différemment ici, là dans les bras l'un de l'autre, à essayer que plus rien d'autre n'ait d'importance. Plus lentement, plus rapidement, elle ne s'aurait le dire. Elle ne sait plus non plus ce qu'elle lui murmure à l'oreille, peut-être qu'elle se tait, un peu. Qu'elle ressent sa respiration, imprime un peu plus son corps contre le sien, pour manger chaque centimètre de vide, chaque espace d'insécurité, chaque interstice de solitude.

La tempête, lentement, passe, et c'est un soupir venu de Glenn qui, enfin les soulève tous deux. Il s'excuse, Ani embrasse sa tempe sans même ressentir le besoin de lui pardonner quoi que ce soit ; elle ne lui en veut pas. Son regard croise le sien lorsqu'il l'ouvre, et les doigts fins de la jeune femme dégringolent sur le côté de son visage dans une caresse éthérée. « Restons là, alors. » Ses traits se parent d'un sourire à l'émotion planante, son front s'apose contre le sien. Alors elle ne peut s'exprimer qu'en murmures, oublier les explosions. « Tu sais parfois certaines choses sont encore plus appréciables parce qu'elles sont rares... » Un sourire traverse son visage. « Nous deux... On a besoin de temps. Peut-être qu'un jour tout ça deviendra naturel, la sensation de ton corps contre le mien. Certaines choses font que... Oui, on a besoin de plus de temps. Ca n'empêche pas l'envie... » Elle dépose un baiser très doux sur ses lèvres, court contact débordant de tendresse. « En attendant je chéris ton contact lorsque j'ai la chance de me retrouver dans tes bras, même dans ces circonstances... Joie ou tristesse, je resterais à tes côtés d'un côté ou de l'autre. Alors ne t'excuse pas... » A son cou, la chaine à laquelle ont été passées ses plaques prouve ses dires.

Je sais que ce n'est pas ta faute.

Son front glisse contre le sien, ses bras se resserrent dans son cou. « Me retrouver ainsi dans tes bras, c'est comme prouver que c'est possible. Qu'on peut s'apprendre, se soutenir, s'aider à guérir. » Ses mains finissent par monter sur ses joues, elle le regarde, non pas avec pitié, mais avec tout son coeur dans le regard. « C'est moi qui suis désolée. Pour tout ce qu'il t'est arrivé. Je sais que je n'y peux rien, que je n'y changerais rien, mais je suis tellement désolée. » Son regard reste dans le sien. Ca me tue de te sentir souffrir. Caresse sur sa joue, elle chasse les larmes. « Je serais toujours là... » Un sourire. « Je te l'ai jamais dit, mais serais toujours là, quoi qu'il arrive. » Même si dans un an, cinq, dix, ils se séparaient... Elle serait toujours là. Un mot, un geste, la lune pour lui.

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Posté le Lun 30 Déc - 13:21
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La caresse des doigts d'Ani sur ma joue ramena mon regard encore perdu dans le sien et, si mon expression était sans doute encore déroutée, la jeune femme connaissait parfaitement le chemin pour me ramener à elle. Son calme et sa patience, son courage à toute épreuve lorsque ce n'était pas elle qui se retrouvait dans la tourmente... Mes lèvres avaient retrouvé un pli un tout petit peu plus serein lorsqu'elle avait posé son front contre le mien et ce fut l'ombre d'un sourire qu'elle embrassa brièvement et comme pour me rendre ce souffle que mon grand corps tordu s’obstinait trop souvent à contenir. Respire, Glenn... Donne lui l'air dont elle a besoin pour voler...

Je ne pouvais qu'opiner contre sa peau, l'embrassant furtivement et presque encore inconsciemment dès que sa bouche ou ses joues passaient à portée de mes lèvres étrangement avides de sa chaleur. Les résidus de douleur que je ressentais encore ne venaient pas d'elle et c'était sans doute la première fois que j'étais si serein contre elle... Si nous n'avions pas été dehors, pas été en public... J'aurais peut-être pu... Peut-être pu me donner... Peut-être en aurait-elle également trouvé la force et l'envie, le besoin... C'était injuste, ces murs entre nous... J'enrageais alors que son souffle frôlait ma peau, mais ce fut pourtant un rire sombre qui m'échappa lorsque je lui répondis. « Je ne peux pas te promettre que je revivrais de gaîté de cœur tout cet Enfer... Mais, si c'était nécessaire à ce que je te trouve... Nécessaire pour que tu trouves une place dans mon existence... Alors je ne regrette rien d'autres que les vies que j'ai dû prendre, M'anam... » Toujours là, disait-elle... Vraiment ? C'est vraiment ce que tu désires, Ani... ?

Je replongeai dans ses yeux fauve comme pour lui adresser une question muette, relâchai sa nuque pour glisser mes doigts dans ma poche. J'avais peur... Peur qu'elle refuse pour une raison ou une autre... Peur de lui ouvrir la porte et qu'elle la referme en partant... Peur qu'elle se sente piégée... Et pourtant... Mon bras quitta ses reins pour capturer sa main qui flottait encore sur ma joue humide et j'embrassai ses doigts avant de déglutir... Avec hésitation, je lui fis ouvrir ses doigts fins avant de les poser dans sa paume... Les clés... « Je... J'aimerais que tu viennes vivre avec moi, M'anam... Sur le bateau... Je refermai ses doigts sur le métal que la chaleur de mon corps avait tiédi. Je sais que ce n'est pas grand... Pas confortable... Un peu délabré... Mais ça ressemble bien plus à une vraie maison quand tu es là... Je levai ses phalanges serrées à mes lèvres pour les embrasser à nouveau... Mac n'existe plus... Presque plus... La cale est vide et tu pourrais y installer ce que tu veux... Un labo photo, si tu en as envie... Ce que tu veux... Tu y seras en sécurité, je m'en suis assuré ces derniers mois... Je... Je me raclai avec difficulté, intimidé par ce petit bout de femme et tout ce qu'elle représentait pour moi... Tha gaol agam ort, mo ghaol... Je... Un pauvre sourire, un hoquet de rire comme si je peinais encore à y croire... Mais c'était l'évidence même... Je... Je t'aime, Ani... M'anam... Je ne m'en pensais plus capable depuis longtemps, mais... Je t'aime... Et je veux que tu sois là... Toujours... Si tu veux bien...»

Je n'osais pas trop y croire... Elle aurait mille raisons excellentes de refuser... Mais c'était de plus en plus dur de la voir quitter le port ou bien de partir de chez elle... Sa présence, sa chaleur et son sourire... Je voulais que ça devienne ma norme, pas que ça demeure mon exception... J'avais besoin d'elle chaque jour que Dieu faisait... « J'ai besoin de toi, M'anam... Tu veux bien... Tu veux bien y réfléchir?»


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Posté le Lun 30 Déc - 23:34
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Leurs regards se croisent, question au fond de la prunelle du roux. Ani vient d'entendre ses mots et elle sent comme un enjeux plus important, comme une évidence qu'il tâche de lui faire passer à travers le regard. Ce qu'il vient de dire l'a touchée en plein coeur et le sourire doux qui fleurit sur son visage ne veut dire qu'une seule chose. Peu importait la force de leur lien, elle ne vallait pas et ne vaudrait jamais toutes ces souffrances. Mais elle comprenait son sentiment... Il avait fallut qu'elle passe par toutes ces épreuves elle même pour arriver jusqu'à lui. Sans ce coup de fil, sans ce terrible événement au Choop-Choop, probablement n'aurait-elle jamais osé l'approcher de la sorte. Si c'était le prix à payer et bien... Ainsi soit-il.

Au ralentit, Ani baisse les yeux vers sa poche, dans laquelle sa grande main vient de se plonger. Elle observe ce jeu de clé, entre ses doigts, puis contre sa propre paume, tiède. Déluge de sentiments, elle n'ose pas comprendre avant qu'il ne le lui propose. Sa bouche s'ouvre, elle plonge dans ses yeux, et ne bouge plus. Le reste de ses mots la fauche, émotions inattendues, sentiments de chaleur au creux de sa poitrine encore mouillée par ses larmes. Alors la jeune femme referme la bouche pour contenir le flot, ses lèvres se plissant en une moue émue, et ses yeux papillonnent un instant à droite, à gauche, en bas. Mais il vient l'achever avec ce je t'aime qu'elle n'attend pas, qu'elle espère pourtant, et c'est son regard qui s'humidifie à présent. « Mh... » Elle serre ses doigts à plusieurs reprises, perdue dans un flot de ressentis grisants qui l'étourdissent tout à coup.

Il l'aime et veut vivre avec elle. C'est énorme, c'est...
Son front vient se poser contre le sien, cognant un peu contre son arcade sourcillière, et elle relâche ses mains pour enrouler ses bras autour de son cou dans un soupir légèrement tremblant. Un baiser sur sa lèvre supérieure, alors qu'elle garde ses yeux bien clos pour s'empêcher de verser la moindre larme. « Oui, d'accord, c'est d'accord... » C'est spontané, elle ne veut pas réfléchir davantage. Elle en a envie, c'est tout. Ses doigts glissent dans les cheveux de sa nuque, elle dépose un nouveau gage d'amour sur ses lippes, plus longuement, lentement. Secondes volées au temps durant lesquelles sa bouche épouse la sienne sans plus de pudeur et de peur, avec le simple désir de lui communiquer comme son coeur bat fort. Lorsqu'elle le relâche, un rire chamboulé surgit de sa gorge, et elle se recule pour le regarder, de quelques centimètres à peine. « Je rentre avec toi alors... ? » Elle peine à y croire, et milles questions se bousculent dans son crâne.  Est-ce que c'est trop tôt ? Est-ce qu'ils ne devraient pas attendre ? Non... Ce n'est pas trop. C'est le meilleur moment possible, d'ailleurs. Sa main ruissèle sur sa joue, elle sourit. « Je t'aime, moi aussi. » Une pensée, soudain, fait irruption dans son esprit. Et l'appartement ? Et son frère ? Elle n'avait jamais vécu sans son frère... Même lorsqu'ils ne se parlaient plus, sa chambre était toujours là. Elle pouvait s'y glisser, parfois, voler l'un de ses pulls pour s'y nicher, ressentir sa présence. Mais tout ça alors, ce serait terminé ?

Une flèche au coeur vient la saisir, angoisse soudaine de se séparer de son jumeau fusionnel. Ils ont toujours été deux, mais si elle s'en va... Elle sera toujours à deux, elle, avec Glenn, mais et lui, et s'il est tout seul ? Et s'il a besoin d'elle, besoin de lui parler, et s'il se sent mal et qu'elle n'est pas là ? « Je... Je veux vivre avec toi cependant... J'aimerais... » Elle aimerait quoi ? Qu'Adi vienne également ? Un sourire dérouté traverse ses traits, elle ressent ce bonheur incommensurable au fond de sa poitrine pourtant. « Est-ce que... » Est-ce qu'elle peut vraiment demander ça ? « Est-ce que ça te dérangerait que je garde un peu la chambre au loft... ? » Son regard reste dans le sien un moment. « Juste pour... » Juste pour se rassurer, hurle ses yeux. « Si je vais dormir là bas tu viendras dormir avec moi ? » Il suffisait juste d'inverser les choses. Envisager que son pied à terre serait désormais avec Glenn, et qu'Âdi serait maintenant celui qu'elle visiterait. « Pardon, désolée, c'est que je n'ai jamais vécu sans Âdinath alors... » Elle pose une main sur son coeur. « Il faut que ça arrive, je sais que c'est la chose à faire, juste qu'on ne s'est jamais détachés... »

Elle n'a pas desserré son emprise autour de son cou, la rafermit même un peu. « Mais les choses vont mieux, beaucoup mieux, alors je suppose que je peux partir le coeur léger. » Son regard se fait plus sûr, peu à peu. Ani hoche la tête, se rassure. Elle ne voyait même plus Âdi tant que ça, après tout... Il travaillait tellement en ce moment. Peu à peu, l'étau subit qui a broyé son coeur se desserre, la panique se calme. Elle sait que d'entre tous Âdi serait le premier à la pousser à dire oui. Elle sait aussi qu'il sera le premier à leur rendre visite. Il était compliqué de composer avec ce duo qu'ils formaient tous deux, deux jumeaux inséparables au lien si fort qu'il était presque impossible de les détacher l'un de l'autre. Mais Glenn comprenait, l'avait toujours comprit, et elle savait déjà qu'Âdi aurait sa place avec eux, aussi souvent qu'il le souhaitait. Elle hoche de nouveau la tête en silence. « Pardon, je suis désolée... C'est pas l'idée d'habiter avec toi qui m'a fait peur, c'est de me séparer de mon jumeau. Mais il est temps, probablement... » Elle secoue la tête, le regarde dans les yeux. « Moi aussi j'ai envie de vivre avec toi... En fait, je crois que je le sais parce que j'ai jamais envie de te quitter. Aller travailler le matin sera plus facile si je sais que je te retrouverais tous les soirs. »

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Posté le Mar 31 Déc - 0:52
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Un coup contre mon front qui fut oublié à la vitesse de la lumière lorsqu'une réponse tomba des lèvres de la jeune femme, une seconde avant qu'elle ne trouve les miennes. Oui... Oui, c'était d'accord... Oui, elle venait vivre avec moi... Oui... C'était dorénavant mon mot préféré dans le dictionnaire ! Oui... Alors que nos bouches s'épousaient de nouveau et que ses mains se glissaient dans mes cheveux dans lesquels se prenaient les clés... Je m'en foutais tellement ! Elle avait dit oui, et mes propres paumes tenaient son visage en coupe alors que je lui offrais un sourire incrédule... J'avais osé... Osé demander, osé m'ouvrir... Et elle avait dit oui... Merde ! Merde ! Son rire était comme une musique, surtout après le tonnerre du feu d'artifice... Si elle rentrait avec moi ? Je suppose que c'était encore un « oui »... Je hochai la tête, désarçonné, avant de lui répondre à mon tour. « Oui... Mais... J'ai pas fait le ménage... Je ne pensais pas que tu... Enfin... Oui... Oui, on rentre ensemble... » Elle s'en foutait sûrement, de toute façon... Elle savait depuis longtemps que je n'étais pas une fée du logis et qu'il n'y avait que grâce à Nastya que le bateau ne coulait pas sous le poids de la poussière... Une pensée pour la petite Russe. J'imaginais qu'Ani n'apprécierait pas de voir une autre femme trop souvent chez nous ? J'allais devoir trouver un autre moyen d'aider la danseuse qui lui permettrait de garder la tête haute. Elle méritait d'être heureuse, elle aussi...

Le « je t'aime, moi aussi » de ma Liée me ramena totalement à elle et je laissai mon front rouler contre le sien tandis que mes pouces abîmés caressaient ses pommettes. Je sentis alors une vague de doute la traverser, me percuter... Même sans ce lien qui nous unissait, j'aurais sûrement sentis son corps se tendre contre moi... Je doutais qu'elle fasse machine arrière, pas alors qu'elle avait semblé si heureuse et empressée d'accepter... Mais j'attendais que la seconde chaussure tombe, comme on dit...

Si elle pouvait garder sa chambre au loft ? Elle était sérieuse ? C'était ça qui l’inquiétait ? Je sentis un sourire infiniment tendre étirer mes lèvres et lui laissai le temps de faire son propre cheminement. Le temps d'absorber la peine à la pensée de la séparation d'avec son double... Le temps de comprendre qu'elle avait le droit d'avancer de son côté, qu'Adî l'y encouragerait s'il avait son mot à dire... Le temps de comprendre que ce n'était ni un « adieu » ni un « au revoir » mais un « à très vite »... Le temps de se rasséréner, avant d'opiner doucement et de lui voler un nouveau baiser. « Bien évidement que tu peux garder ta chambre avec eux, M'anam... Aussi longtemps que tu le souhaiteras, tant que tu te sens chez toi « avec moi »... Je tenais à ma tranquillité, mais... Nous pouvons aussi faire une vraie chambre dans la cale, un espace pour « nous »... Et utiliser ma chambre actuelle comme chambre d'ami... Adî pourra venir quand tu veux, comme ça... Armel et Kao aussi... Et Seren... Un soupire... J'avais pour projet d'acheter un nouveau bateau... Plus grand et plus vivable... Un bâtiment capable de prendre de la mer... De voyager... J'imagine que je devrais faire en sorte d'avoir assez de chambres pour tout le monde... Je relevai mon regard dans le sien, interrogateur... Si ça te convient vraiment d'habiter sur l'eau ? Je sais que ce n'est pas forcement une sinécure... Mais nous pourrions traverser et voir l'Europe, avec un voilier... Aller n'importe où... Où on le souhaite... Revenir dès qu'on aurait le mal du pays.»

Je me tus subitement, baissant la tête pour la poser sur son épaule... Je me sentais con, d'un coup... « Désolé... Je mets la charrue avant les bœufs... Ce ne sont que des rêves, des projets... Si tu ne les partages pas, on fera autrement... C'est juste que... Un rire, léger, avant que je ne relève le nez pour poser un baiser sur sa tempe. Je n'osais déjà pas vraiment espérer que tu acceptes de venir vivre avec moi... Alors ce « oui »... Le fait que tu partages cette envie... Ça rend tout le reste possible, car je ne veux pas partir sans toi... Même si c'est dans longtemps... »


Clockwise... [Tranches de vie] (Ani & Glenn) Dewc
Posté le Dim 12 Jan - 17:51
Ani Shah
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Clockwise.
Glenn Mackenzie & Ani Shah.
Un profond soupir vient défaire l'étau dans sa poitrine lorsqu'elle voit, dans le regard de son âme liée, que tout va bien. Elle n'a rien dit de travers alors... La jeune femme a eu peur, durant un instant, d'avoir fait un faux pas qui aurait fait regretter sa décision à Glenn. Elle partageait tout avec Âdinath, et de cette façon fort étrange que ne peuvent comprendre que les jumeaux, ils se comprenaient au delà des mots... Ressentaient parfois ce que l'autre ressentait. Elle avait sut, le soir de sa tentative de suicide, que quelque chose ne tournait pas rond chez lui. C'est probablement ce qui l'avait sauvé, par ailleurs. Que le roux soit en mesure de comprendre l'importance de ce lien valait son pesant d'or, d'autant que d'un côté comme de l'autre, ces relations prenaient de la place. Elle pouvait parfois passer trois heures en facetime avec son jumeau, sans avoir rien de particulier à lui dire... Elle l'appelait parfois la nuit, lorsqu'elle était seule et qu'il n'était pas au loft, juste pour s'endormir. Ils s'étaient disputés si fort qu'ils ne s'en aimaient que davantage. Mais ils n'avaient jamais vraiment coupé le cordon, probablement était-ce le bon moment pour le faire ? Dans le bonheur, la sérénité.

Les annonces de projet continuent de tomber et, regard brillant, la jeune femme ne le quitte pas des yeux. Modifier le bâteau, en acheter un nouveau, partir autour du monde... Un sourire tendre envahit les lèvres de la jeune femme, qui remonte ses doigts sur sa tempe. Une expression dorénavant plus sereine sur les traits, elle l'observe durant quelques secondes de silence. « Les rêves et les projets c'est exactement ce que je désire. » Ses yeux rencontrent le sien, ils éclatent tant son coeur est gros. « Faire le tour du monde, c'est un beau rêve. On pourrait aller en Ecosse... Et sur la Méditerrannée. J'ai jamais rencontré mes grands parents... Ni au Maroc, ni en Inde. » Silence, puisqu'elle ne trouve pas de mots pour exprimer l'inéxorable tendresse qui se tapit dans son coeur, et la joie douce de faire enfin face à des jours meilleurs. « Pour le nouveau bâteau, je veux y contribuer ! Ce serait notre maison. » Ca sonne bien, notre maison. « A nous deux. »

C'est étonnant, parce que ça a quelque chose de plus émouvant, vu comme ça. Emménager ensembles quelques part pour, qui sait, toute la vie ? Pas chez lui, pas chez elle, chez eux. Là où tous leurs projets pourraient prendre place. « J'ai hâte. » La clé se serre dans sa main. « J'ai hâte de vivre ma vie avec toi. »


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